Ingmar Bergman
Année : né en 1918
47 films
La peur de la solitude, envisagée comme une malédiction, est le grand thème unificateur de l'œuvre de Bergman. Il détermine aussi l'élément central de sa mise en scène : la fermeture du quatrième mur par la caméra avec resserrement du cadre (par recadrage ou zoom avant) sur le visage de l'acteur. Les acteurs jouent non pas face au public ou aux autres personnages mais enfermés en eux-mêmes, face à la caméra, presque regard caméra.
Comme l'indique Jean Douchet, les acteurs jouent en intériorisant tout ce qui est extérieur. Le sommet, de ce point de vue est Persona (1966) où l'on ne sait plus très bien ce qui relève de l'extérieur et ce qui relève de la vision du personnage. Dans ses films les plus amples, visages et paysages dessinnent une cartograhie complémentaire de l'intériorité tantôt torturée, tantôt splendide dans un cadre toujours géométrisé et simplifié à l'extrême. L' indécision entre vision intérieure et regard sur le monde prend également la forme, souvent un peu plus lourde mais toujours efficace, de figures allégoriques ou de rêves.
Les autres thèmes majeurs de Bergman s'articulent autour de cette peur de la solitude. L'absence de Dieu, la peur de la mort et les déchirements du couple sont des écueils que l'homme se doit d'affronter s'il ne veut pas finir seul, alors que l'enfance, l'érotisme et le théâtre parviennent à régénérer l'individu. Dans tous ces domaines les femmes, plus fortes et plus lucides que les hommes sont les interprètes privilégiées de Bergman.
Les films de Bergman donnent souvent l'impression de se finir mal. Pourtant le destin des personnages ne doit pas être confondu avec le message adressé au spectateur. Le gâchis des relations humaines, qui conduit à la solitude, peut probablement être évité grâce aux lumières renvoyées par le scalpel de Bergman.
On distinguera successivement les périodes, les thématiques principales (la malediction de la solitude, l'absence de Dieu, l'épouventail de la mort, le couple, l'enfance, l'érotisme, le théâtre) et la stylistique (le visage, les images mentales , les emblèmes).
Partie 1 : Les Périodes
Réalisateur, scénariste et homme de théâtre suédois, Ingmar Bergman est né le 14 juillet 1918, à Uppsala. Son père étant pasteur luthérien, le jeune Ingmar est vite confronté aux choses de la religion. Il reconnaîtra plus tard le rôle essentiel de ces souvenirs d'enfance dans l'inspiration de certaines de ses grandes œuvres. A l'université de Stockholm, il consacre ses loisirs à la mise en scène théâtrale. De 1938 à 1944, il monte une vingtaine de pièces avant de devenir metteur en scène professionnel de théâtre. Il rencontre Carl-Anders Dymling, de la société de production "Svensk Filmindustri" qui lui demande d'écrire un scénario pour le grand cinéaste suédois de l'époque, Alf Sjoberg. Ce sera : Hets (Tourments), en 1944. L'année suivante, il passe à la mise en scène cinématographique en adaptant une pièce de Leck Fischer, Crise. Dès lors, Bergman mène une double activité de cinéaste et d'homme de théâtre, tout en continuant à écrire quelques scénarios : pour Gustaf Molander c'est La femme sans visage (1947), Sensualité (1948), Divorce (1951), pour Lars Eric Kjeligren : Quand la ville dort (1950), pour Alf Sjoberg : Le dernier couple qui court (1956) et Alf Kjellin : Le jardin des plaisirs (1961).
1- Les années 40 : forme en gestation, expressionniste et surréaliste
Les cinq premiers films d'Ingmar Bergman sont marqués par une cinéphilie partagée entre une influence directe du cinéma américain et la noirceur des films de Jean Duvivier ou de Marcel Carné, combinée à une forme d'existentialisme à la suédoise, dont Kierkegaard est à l'évidence le lointain père spirituel et qui débouche sur une forme de révolte encore très adolescente. Un pessimisme fondamental mêle les thèmes du désespoir, de l'avortement, du suicide et du passé douloureux.
Prison (1948) et surtout La Soif (La fontaine d'Arethuse, 1949) dont Bergman est l'auteur complet, concentrent toutes ces constantes sur fond d'angoisse existentielle proche de la philosophie de Sartre. Bergman circonscrit une part de son territoire de cinéaste, sous l'influence directe de Rossellini. A travers le récit du voyage de deux touristes suédois dans l'Allemagne déchirée de l'après-guerre, c'est déjà la question du couple comme enfer et cercle vicieux mais aussi comme seule et unique possibilité de vie qui est au centre de ce film. Cette interrogation sur le couple, Bergman en fera le sujet central de la plupart de ses films à venir.
Vers la félicité (1949) et Cela ne se produira pas ici (1950), film d'espionnage que Bergman reniera plus ou moins marquent une rupture avec cette inspiration désespérée.
2 - Les années 50 : cinéma classique : libérer les forces de la jeunesse, accent porté sur l'érotisme.
C'est alors une longue série de films au cours desquels Bergman s'interroge sur le sens de la vie (Jeux d'été, 1950), sur la misère d'un monde sans amour (La nuit des forains, 1953), sur la supériorité de la femme sur l'homme (Monika, 1952 ; L'attente des femmes, 1952 ; Sourires d'une nuit d'été, 1955),
A l'orée des années cinquante, le style de Bergman est encore très éclaté. Pourtant, c'est dans cette période qu'on trouve certains de ses éclats les plus purs. De cette époque jaillissante où se livre le combat sans merci de l'adolescence et de l'âge adulte, Jeux d'été est peut-être le film le plus satisfaisant que François Truffaut, grand admirateur du cinéaste suédois, décrit comme "Le film de nos vacances, de nos vingt ans, de nos amours débutantes". Mais c'est sans doute Jean-Luc Godard qui a le mieux saisi la singularité du Bergman de cette époque, lui qui écrit :
"Un film d'Ingmar Bergman, c'est, si l'on veut, un vingt-quatrième de seconde qui se métamorphose et s'étire pendant une heure et demie. C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains."
3- la reconnaissance internationale
Sourires d'une nuit d'été, présenté à Cannes reçoit le prix de l'humour poétique. Juste après cette récompense, Bergman tourne Le septième sceau qui, en 1957, le consacre mondialement (Grand Prix spécial du jury à cannes...) puis Les fraises sauvages qui, en 1958, lui vaut L'Ours d'or de Berlin et la plaque d'or du cinéma suédois. Enfin prophète en son pays, Ingmar Bergman est devenu un grand cinéaste européen avec trois films qui présentent trois grands visages de son oeuvre : la comédie douce amère, le fantastique expressionniste et le drame psychologique.
Il aurait pu se contenter de gérer cette célébrité. Ses films suivants : Le visage, L'oeil du diable, La source montrent qu'il aurait su, comme d'autres, répéter les mêmes formules
4- la trilogie de l'absence de Dieu
Avec A travers le miroir (1961), Bergman abandonne la brillante mise en scène de ses films précédents avec des films plus complexes, âpres et noirs. Il commence à mettre en application ce souhait maintes fois exprimé : faire tout un film à partir de l'exploration d'un visage. Il isole quelques personnages dans un décor désormais privilégié : l'île qui symbolise le huis clos en plein air. Abandonnant tout effet stylistique, la caméra n'enregistre que l'essentiel. À l'image d'une pensée qui, pour mieux progresser, remet en cause ses conclusions provisoires, les films de Bergman se répondent, s'enrichissent ou se nient. On se trouve en présence d'un tout qu'il est difficile d'aborder d'une manière non chronologique. A travers le miroir détruit le mythe d'un Dieu transcendant symbolisé par l'araignée hallucinatoire vue par une jeune femme au bord de la folie. Les communiants consacre la mort d'un Dieu-Amour qui n'est, pour le croyant, qu'une manière de parler vainement à soi-même. Le silence marque la fin des interrogations métaphysiques, de ce "cinéma vertical" que commence à contester toute une nouvelle génération de cinéastes soucieux de libérer leur cinéma national de la trop forte personnalité de Bergman.
5- Névroses contemporaines
Après Toutes ces femmes, pochade qui fustige le rôle parasitaire de la critique, Bergman entreprend une riche et complexe série de six films : Persona (1966), L'heure du loup (1967), La honte (1997), Le rite (1968), Une passion (1969), le lien (1970). Il prend pour thèmes fondamentaux la création de l'œuvre d'art, le monde étrange et angoissant des fantasmes, l'échange des personnalités et la condamnation de la guerre, filmée d'une manière à la fois réaliste et abstraite.
6-Face à face des visages
Après Cris et chuchotements, Bergman tourne huit épisodes d'un film destiné en même temps à une chaîne de télévision et au circuit commercial : Scènes de la vie conjugale. Il réalise dans des conditions identiques La flûte enchantée d'après l'Opéra maçonnique de Mozart.
Alors que Face à face remporte un impressionnant succès commercial, la police fiscale oblige Bergman à interrompre brusquement les répétitions de La danse de mort qu'il met en scène au théâtre Dramaten de Stockholm (en janvier 1976). Exilé à Munich, il réalise L'oeuf du serpent. Pour mettre en images la situation désespérée d'une Allemagne dont la misère économique et morale va engendrer Hitler, il revient à la mise en scène spectaculaire et expressionniste. Pour Sonate d'automne, il organise la tragique confrontation entre une mère, Ingrid Bergman, et sa fille, Liv Ullmann.
7- Un romanesque apaisé
Avec Fanny et Alexandre s'ouvre la dernière période de Bergman, que clos (provisoirement ?) Saraband (2003)
Partie II : Thématiques
1-La peur de la solitude
Le premier épisode de L'attente des femmes (1952) se clôt par cette remarque d'un des frères Lobelius auquel on demande comment il a convaincu le mari trompé de ne pas se suicider : "Le pire n'est pas d'être trompé mais d'être seul".
Dans Les fraises sauvages (1957), le vieux professeur Isaak Borg fait un cauchemar dans lequel il échoue aux épreuves qu'un étrange tribunal lui soumet. Ayant déclaré morte une patiente qui se met soudain à revivre, il pressent qu'il a échoué et demande au chef du tribunal quel sera le châtiment, "la solitude comme toujours" répond celui-ci.
Dans Persona (1966), Elisabeth Vogler choisit délibérément de s'enfermer dans la solitude, délaissant le théâtre, probablement consciente de la vanité de l'art théâtral par rapport aux horreurs du monde (l'immolation d'un moine bouddhiste). Profitant de l'énergie volubile de son infirmière -qui devra à son tour s'interroger sur la nécessité de la solitude-, du soleil et de la mer, du temps de la réflexion, Elizabeth reviendra néanmoins au théâtre. Elle évite ainsi de sombrer dans la folie solitaire auquel ne résistera pas le peintre impuissant du film suivant L'heure du loup (1967), probablement le film le plus pessimiste avec la trilogie de l'absence de Dieu.
Jusqu'à Saraband (2003), la solitude, celle de Henrik, de Johan ou de Marianne, est vécue comme une malédiction.
2 -L'absence de Dieu
Les premiers films de Bergman sont imprégnés de la philosophie de Kierkegaard, pénétré de culte de l'intériorité, de l'individualité et de l'instant dans l'espoir d'approfondir la subjectivité dans ce qu'elle a de plus pur, jusqu'à y retrouver un sujet transcendant et absolu avec lequel elle se trouve dans une relation paradoxale mais nécessaire. Cette conception tragique de l'existence trouve son aboutissement dans La source (1959) où la présence de Dieu est réaffirmée par Tore (Max von Sydow) comme seul moyen de se réconcilier avec les hommes après deux crimes affreux (celui subit de sa fille et celui provoqué par vengeance de la mort du jeune frère des violeurs).
A travers le miroir (1961) détruit le mythe d'un dieu transcendant symbolisé par l'araignée hallucinatoire vue par une jeune femme au bord de la folie. Les communiants (1962) consacre la mort d'un Dieu-Amour qui n'est, pour le croyant, qu'une manière de parler vainement à soi-même. Le silence (1963) marque la fin des interrogations métaphysiques.
Bergman fera pourtant ensuite appel à la transcendance et à l'absolu par la figuration de monochromes.
3 - L'épouvantail de la mort
La mort omniprésente chez Bergman sert surtout à rappeler qu'il convient d'évaluer sa vie. Elle ricane plus qu'elle ne juge ou qu'elle ne fait peur. La mort n'est jamais un refuge ou une sécurité, ce que somme toute, les personanges préféreraient, d'où ces faux morts, ces fausses mortes dans Les fraises sauvages (1957), Persona (1966) et L'heure du loup (1967).
Dès son premier film Crise (1949) Bergman compose une première figuration de la mort, témoin muet peut-être sourd ou aveugle. Lorsque Jenny et sa fille Nelly sortent ayant entendu le coup de feu par lequel Jack s'est donné la mort, un vieil homme, immobile, est encore là. Il a seulement changé la direction de son regard, maintenant orienté vers l'endroit où est tombé Jack. Autres figures de la mort,le maître de ballet grimé en Coppélius dans Jeux d'été (1950), la forme humaine derrière la vitre cathédrale qui transforme le visage du visiteur en tête de mort et que Marta réévoquera au moment de l'accouchement dans L'attente des femmes (1952), les accessoires (arraignées, squelette en carton) du train fantôme de Rêve de femme (1955), la vielle femme quasi aveugle qui croise Jenny dans Face à face (1976) et qu'elle hallucine chez elle, et le clown dans En présence d'un clown (1997), voir le hors champs de l'étang dans Saraband (2003) où Karin pourrait être amenée au suicide après la brouille avec son père.
4- Les déchirements du couple
Dans La soif (1949), son premier chef d'oeuvre, Bergman décrit l'impossibilité de l'harmonie dans la vie de couple, chacun ne pouvant satisfaire les désirs profonds de l'autre, les défauts des hommes et des femmes s'additionnent et s'amplifient au cours d'une interminable guerre des sexes.
On hésitera pourtant à parler d'enfer, car l'enfer de la solitude est évoqué avec terreur par les héros eux-mêmes comme un enfer bien pire encore. Faute de mieux, ils se réconcilient. Autres exemples de ces mariages bourgeois : ceux qui tiennent malgré l'ennui ( L'attente des femmes, 1952) ou le mépris (le couple de Cecilia Ellius dans Au Seuil de la vie, 1958) ou l'infidélité du mari (Fanny et Alexandre, 1982). La morale de Scènes de la vie conjugale est assez optimiste. Certes le couple, uni au départ se sépare mais finit par se reconcilier et Johan et Marianne retrouvent amitié et tendresse après leur divorce suite à l'aventure du mari avec Paula et son départ pour les USA. Bergman exprime encore cet idéal dans son dernier film, Sarabande : une bonne relation entre un homme et une femme dépend de deux facteurs, une bonne camaraderie et une solide sexualité".
Face aux couples bourgeois, Bergman oppose les couples maudits, stériles et torturés : L'heure du loup, La honte, Une passion, De la vie des marionnettes.
5-L'enfance
Jörgen Lindstöm dans le Silence et dans Persona lisant Un héros de notre temps de Lermontov, Fanny et Alexandre ou encore les images finales des Fraises sauvages. Il s'agit de ne pas oublier qu'on a vu le monde par des yeux d'enfant et avec une teinte et une allure irremplaçable et de faire cependant l'impossible deuil de cette époque. Poussé trop loin la régression est dangereuse : elle infantilise et elle dégage du sens du devoir. Bergman a fait un film entier sur cet épouvantable danger. Le héros de De la vie des marionnettes n'en finit pas de régresser, jusqu'à la chambre de l'asile psychiatrique où il achève sa carrière d'assassin pulsionnel, revenu à une enfance sans charme.
Dans La source (1959), l'enfant qui a assisté au viol et au meutre de Karin, accompli par ses deux frères, sera tué par le père de la jeune fille. L'homme religieux de la maison viendra le préparer à cette mort en lui expliquant par de longues et belles métaphores qu'il sera sauvé de l'enfer. Le père comme pénitence promet de bâtir une église : il sera pardonné de sa vengeance, la source jaillira dsur le leiu de la mort de sa fille et de la future église.
Dans L'Heure du loup (1967), le passage de la conception au cauchemar sans concrétisation artistique s'explique sans doute par l'éducation qu'a reçu Johan. Ses terreurs ne le quittent plus depuis cette punition où, enfant, il a été enfermé dans la penderie et terrorisé par un lutin imaginaire puis sortant au grand jour, il a reçu le bâton de son père sous les yeux de sa mère.
6-L'érotisme
L'attente des femmes, Monika, jeux d'été, le rite.
7 - Le théâtre
Le théâtre demeure pour Bergman un lieu de prédilection et de convergence de toutes ses passions. Avant de devenir réalisateur de cinéma, il fut et reste metteur en scène et auteur de théâtre. La découverte simultanée, pendant ses années de formation, de Shakespeare et de Strindberg, deux des plus grands dramaturges qui soient, marquent à jamais son esprit et influence durablement son travail de cinéaste. Les troupes d'acteurs, les histoires de scènes et de coulisses sont légions dans les films de Bergman. De Jeux d'été (1950), où la scène tient lieu d'anamnèse pour l'héroïne devenue danseuse jusqu'à Après la répétition (1984), où il est question des rapports intimes entre un metteur en scène et son actrice, en passant par La nuit des forains (1953), qui scrute les vicissitudes d'un cirque, ou Le septième sceau (1956) qui met en scène un couple d'acteurs au Moyen Âge, sans oublier La flûte enchantée (1975) qui inscrit l'opéra dans sa représentation scénique face à des spectateurs qui sont filmés pour eux-mêmes ou Fanny et Alexandre (1983), véritable déclaration d'amour au théâtre.
Le monde des cintres est pour Bergman une source d'inspiration vivifiante. Plus généralement sa conception de la vie comme comédie humaine et jeu de rôles, son amour des acteurs, son désir de travailler avec une troupe régulière dont les membres les plus marquants : Bibi Andersson, Harriet Andersson, Ingrid Thulin, Eva Dahlbeck, Liv Ullmann pour les femmes ou Gunnar Björnstrand, Max von Sydow (le septième sceau, le visage), Erland Josephson pour les hommes- se retrouvent de film en film. Sa volonté même de resserrer le cadre autour des personnages relève très directement de cette fascination, de cette nécessité vitale du théâtre à la fois comme représentation du monde et comme exorcisme.
Le théâtre, avec sa part d'enchantement et de catharsis, est l'exact opposé du puritanisme et de la volonté d'ascèse qui constitue la base du protestantisme. Il est son antidote, son vaccin, l'envers du décor. Il incarne la féerie de la réalité autant que sa cruauté fondamentale. L'exemple de Shakespeare est de ce point de vue déterminant, en particulier dans les années 50, là où Bergman pratique un art du mélange et des contrastes très élaboré. La nuit des forains, Sourires d'une nuit d'été, Le septième sceau, voire Les fraises sauvages ou Le visage naviguent précisément entre le grotesque et la métaphysique, entre l'illusion et les pulsions d'une manière souvent carnavalesque. Le dosage est parfois lourd et gêne un peu aujourd'hui. Mais cette propension au mélange des tons est aussi ce qui donne à certains de ces films, notamment aux Fraises sauvages, le charme d'un bricolage inventif et jaillissant, loin de toute prétention au chef-d'oeuvre.
partie 3 : Stylistique
1 - le visage
Jean-Luc Godard :
"Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriett Andersson, avant de recoucher avec un type qu'elle avait plaqué, regarde fixement la caméra, ses yeux rieurs embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter involontairement pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma."
Ce plan de Monika, considéré à tort ou a raison comme le premier regard-caméra de l'histoire du cinéma, a en effet durablement impressionné les futurs metteurs en scène de la Nouvelle Vague, inaugurant ainsi une influence sur les cinéastes français qui ne s'est jamais démentie et qui traverse les générations successives passant par Jacques Doillon ou Philippe Garrel pour arriver jusqu'à Olivier Assayas ou Arnaud Desplechin. Dans Monika, on trouve sensiblement les mêmes éléments, les mêmes personnages, le même contraste entre le passé et l'avenir du cinéma que dans Jeux d'été. Mais la beauté propre du film tient essentiellement au charme de Harriett Andersson dont la plus belle expression est précisément ce fameux regard-caméra. Cette dimension fondamentale chez Bergman, celle du peintre des visages, prend sa source à cet instant . Elle s'approfondit de film en film jusqu'à prendre une place démesurée à la fin des années soixante où les visages filmés en très gros plan envahissent littéralement l'écran, deviennent des paysages en forme d'énigmes et ne reflètent plus rien d'autre que leur propre impénétrabilité.
Pour Jacques Aumont, Bergman est le maître des gros plans de visage où dominent les traits de visagéification tels que les définit Gilles Deleuze dans l'image-mouvement.
2- les images mentales
Dans Les fraises sauvages, film itinérant livré à une certaine forme aléatoire, le vieux professeur revoit les scènes de son enfance dans une clairière baignée d'une lumière irréelle. Bergman y fait coexister, à l'intérieur d'un même plan, le personnage vieillissant avec les figures de son passé. Les rêves et les images mentales font irruption sans crier gare. Le film se métamorphose insensiblement en une entreprise d'association libre où la frontière entre le réel et l'imaginaire, le passé et le présent s'abolit peu à peu. Mais c'est sans doute dans Persona que Bergman poussera le plus loin cette logique d'expérimentation. Ce film peut être considéré comme un des sommets de ce qu'on nomma, dans les années soixante, le cinéma moderne ou le nouveau cinéma, au même titre que L'avventura, Hiroshima mon amour ou Pierrot le fou.
Ingmar Bergman et Kenji Mizoguchi sont probablement les deux plus grands cinéastes ayant su figurer le rapport vision intérieure et regard sur le monde
3- les emblèmes
les apparitions de la mort, le rêve, les horloges
Les monochromes signalent la présence de forces abstraites : la musique (monochromes oranges dans La Flûte enchantée, blanc dans Saraband) la mort (monochromes rouges de cris et chuchotement ou de Saraband) sans parler des multiples fondus au blanc sur plans du ciel de Persona ou La honte.
Sources :
Jacques Aumont, Ingmar Bergman, édition Cahiers du cinéma, 2003
Thierry Jousse, Ingmar Bergman, coll. Cannes, les années festival, arte-editions, 1997
Bibliographie complémentaire :
"Images", Ingmar Bergman, 1990, éd. Gallimard 1992. "Laterna magica", Ingmar Bergman, 1987 éd. Gallimard 1987. ."Conversation avec Bergman", Olivier Assayas et Stig Björkman, éd. Cahiers du cinéma, 1990. "Le cinéma selon Bergman", Björkman-Monns-Sima, Seghers, 1968, 1970, 1973.
Filmographie:
1945 Crise
(Kris). Avec : Dagny Lind (Ingebord), Inga Landgre (Nelly), Marianne Löfgren (Jenny).1h33.
Jenny, propriétaire d'un institut de beauté à Stockholm, arrive sans prévenir dans un petit bourg du sud de la Suède. Elle se rend chez Ingeborg Johnson, qui a élevé sa fille Nelly, maintenant âgée de dix-huit ans. Ingeborg gagne modestement sa vie en donnant quelques leçons de piano et en louant une chambre au jeune vétérinaire Ulf...
1946 Il pleut sur notre amour
(Det Regnar paît Vaar Karlek). avec Barbro Kollberg (Maggi) , Birger Malmsten (David), Gösta Cederlund (L'homme au parapluie). 1h35.
Ayant raté son train, Maggie, jeune campagnarde désemparée, se résigne à passer la nuit dans la salle d'attente de la gare. Elle rencontre David, un chômeur, et, par mesure d'économie, accepte de le suivre dans une chambre d'hôtel. Le lendemain, le couple décide de ne plus se séparer....
1947 L'éternel mirage
Le port des filles perdues (Skepp Till Indialand). Avec : Holger Lowenadler (Le capitaine Alexander Blom), Birger Malmsten (Johannes Blom, le fils), Anna Lindahl (Alice Blom).1h38.
En tenue d'officier de marine, Johannes Blom revient dans le port où il séjourna sept ans plus tôt. Après une brève rencontre avec son ancienne amie Sally, il s'isole sur la plage et s'abandonne aux images du passé… Alexander Blom, son père, quittait souvent le bateau-pompe utilisé pour le renflouage des épaves. La certitude d'une cécité prochaine le rendait irritable....
1947 Musique dans les ténèbres
(Musik i mörker). Avec : Mai Zetterling (Ingrid), Birger Malmsten (Bengt Vydeke). 1h27.
Un pianiste devient aveugle pendant son service militaire. Rendu à la vie civile, il souffre des prévenances dont son infirmité est l'objet jusqu'à ce qu'un rival amoureux le frappe par dépit. Il devient alors fou de joie puique quelqu'un l'a enfin traité comme un être normal.
1948 Ville portuaire
(Hamnstad). Avec : Nine-Christine Jönsson (Berit), Bengt Eklund (Ebbe), Mimi Nelson (Gertrud). 1h40.
Gösta, jeune docker, erre le long des quais de Göteborg. Il assiste à la tentative de suicide d'une jeune fille, Berit. Il plonge dans l'eau du chenal et sauve la désespérée, qu'une ambulance emmène bientôt à l'hôpital.
Plus tard, au cours d'un bal, Gösta reconnaît Berit, l'invite à danser et la raccompagne chez elle. Sans plus de façon, Berit l'entraîne dans sa chambre. Pour elle, cette rencontre sera sans suite, car elle s'est fixée comme principe de ne jamais revoir ses compagnons d'une nuit....
1948 La prison
(Fängelse). Avec Doris Svendlund (Birgitta Carolina), Birger Malmsten (Thomas), Eva Henning (Sofi).1h19.
Un vieil homme à l'aspect lugubre pénètre dans un studio de cinéma. Professeur de mathématiques en retraite, il vient proposer à Martin, l'un de ses anciens élèves aujourd'hui metteur en scène, de faire un film sur l'Enfer. Intrigué et amusé, Martin en parle à un couple d'amis, Thomas et Sophie. Journaliste, à l'occasion scénariste, Thomas trouve l'idée intéressante et gage de succès ; d'ailleurs, il a déjà l'interprète principale en la personne de Birgitta Carolina, une prostituée rencontrée dans les rues de Stockholm lors d'un reportage. L'Enfer sera transposé dans la réalité quotidienne....
1949 La soif
La fontaine d'Aréthuse (Törst). Avec : Eva henning (Rut), Birger Malmsten (Bertil), Birgit Tengroth (Viola), Mimi Nelson (Valborg). 1h24.
Bertil et Rut font étape dans un hôtel de Bâle après un séjour en Sicile. Ils vivent douloureusement l’usure de leur vie conjugale. Pendant le sommeil de son mari, Rut revoit en pensée quelques moments de son passé. Dans le train qui les conduit à Stockholm, à travers l'Allemagne, Rut reproche à son mari une liaison récente avec Viola, une jeune femme dépressive...
1949 Vers la joie
(Till Gladje). Avec : Stig Olin (Sig Eriksson), Maj-Britt Nilsson (Marta), Victor Sjöström (Soderby), Birger Malmsten (Marcel) 1h38.
Stig Eriksson est appelée au téléphone au sein de l'orchestre où il répète la neuvième symphonie de Beethoven. On lui apprend que sa femme Matha est morte, brûlée vive par un réchaud à alcool mais que sa petite fille survivra. Stig s'effondre sur la table et se souvient. Sept ans plus tôt, lui et Martha s'étaient retrouvés par hasard nouveaux violonistes dans l'orchestre de Soderby.
1950 Cela ne se produirait pas ici
(Saant Händer Inte här). Avec : Signe Hasso (Vera), Alf Kjellin (Bjorn Almkvist), Ulf Palme (Akta Natas). 1h24.
1950 Jeux d'été
(Sommarlek). Avec : Maj-Britt Nilson (Marie), Birger Malmsten (Henrik), Alf Kjellin (David), Georg Funkqvis t(l'Oncle Erland), Stig Olin (Le maître de danse). 1h36.
Un jour d'automne, on remet un paquet à Marie, danseuse-étoile à l'Opéra de Stockholm. Il s'agit du journal intime rédigé treize ans plus tôt par un jeune homme, Henrik... Entre promenades, baignades et cueillettes des fraises sauvages, une idylle était née entre les jeunes gens. Ils se donnèrent l'un à l'autre et ne se quittèrent plus. L'automne arriva...
1952 L'attente des femmes
(Kvinnors Väntan). Avec : Anita Björk (Rakel), Maj-Britt Nilsson (Marta), Eva Dahlbeck (Karin), Gunnar Björnstrand (Fredrick Lobelius, le mari de Karin), Birger Malmsten, (Martin Lobelius), Jarl Kulle (Kaj). 1h47.
Les familles des quatre frères Lobelius se sont retrouvées pour des vacances estivales aux environs de Stockholm. En attendant le bateau qui doit ramener leurs maris, les quatre belles-sœurs échangent des confidences…
1952 Monika
(Sommaren med Monika). Avec : Harriet Andersson (Monika), Lars Ekborg (Harry), John Harryson (Lelle), Georg Skarstedt (le père de Harry), Dagmar Ebbesen (la tante de Harry).1h36.
La jeune Monika travaille dans un magasin d'alimentation de Stockholm. Dans le taudis où elle vit, affrontant quotidiennement un père ivrogne et une turbulente et bruyante marmaille, elle rêve au grand amour et à une vie de star par la lecture de magazines. Un jour, elle rencontre dans un bar Harry, employé dans un magasin de verreries...
1953 La nuit des forains
(Gycklarnas Afton). Avec Ake Gronberg (Albert Johansson), Annika Tretow (Agda, la femmme d'Albert), Harriet Andersson (Anne), Anders Ek (le clown Frost). 1h33.
En Suède, vers 1900. La troupe d'un petit cirque donne quelques représentations minables au hasard des villes rencontrées. Son directeur, Alberti, a jadis quitté sa femme Agda, qui réside dans la bourgade où le cirque installe son chapiteau. En compagnie de sa jeune maîtresse Anne, devenue écuyère, il subit les sarcasmes humiliants du directeur du théâtre local auquel il est venu quémander le prêt de quelques costumes. La parade s'achève lamentablement avec l'intervention de la police. Alberti, bravant la jalousie d'Anne, rend visite à son ancienne épouse....
1954 Une leçon d'amour
(En Lektion i Kärlek). Avec : Eva Dahlbeck (Marianne Erneman), Gunnar Bjornstrand (le docteur David Erneman), Harriet Andersson (Nix), Ake Gronberg (Carl-Adam, le sulpteur).1h36.
David est gynécologue. Avec sa femme, Marianne, qu'il aime, ils forment un couple heureux. Néanmoins David n'est pas un modèle de fidélité ; il éprouve de grandes difficultés à résister aux avances aguichantes de l'une de ses clientes. Et Marianne finit par apprendre que son mari, à qui elle vouait une entière confiance, l'a trompée.
Marianne décide donc de quitter David. Elle compte bien retrouver Carl-Adam, un ancien fiancé à elle qui vit à Copenhague. Pour cela, Marianne prend le train. Mais David, mis au courant de ce projet, s'arrange lui aussi, pour être du voyage. Le plus curieusement du monde, les deux époux se retrouvent dans le même compartiment...
1955 Rêves de femmes
(Kvinnodroem). Avec : Eva Dahlbeck (Susanne), Harriet Andersson (Doris), Gunnar Björnstrand (le consul), Ulf Palme (L'industriel Henrik Lobelius), Inga Landgre (Marta Lobelius).1h27.
Suzanne Frank, directrice d'une agence de photographies de mode, quitte Stockholm pour un reportage à Göteborg. Elle est accompagnée de Doris, jeune mannequin qui vient de rompre avec son ami Palle. Dès son arrivée, Suzanne téléphone à Henrik Lobelius, un industriel qui fut son amant. Elle lui donne rendez-vous à l'hôtel. Alors qu'elle flâne dans les rues commerçantes de Göteborg, Doris est abordée par un vieux consul, élégant et charmeur...
1955 Sourires d'une nuit d'été
(Sommarnattens Leende). Avec Eva Dahlbeck (Désirée Armfeldt), Ulla Jacobsson (Anne Egermann), Margit Carlqvist (Charlotte Malcolm), Harriet Anderssson (Marta). 1h48.
Maître Fredrik Egerman apprend qu'une troupe théâtrale doit se produire dans sa petite ville de province. Désirée Armfeldt, son ancienne maîtresse, tient le rôle principal de la pièce.
Egerman a épousé en secondes noces, Anne, beaucoup plus jeune que lui. Son fils Henrik, étudiant en théologie, vient d'arriver : son idéal de pureté est fortement ébranlé par les agaceries coquines de la servante Petra. Pendant le demi-sommeil d'une sieste, Egerman prononce le prénom de l'actrice. Le lapsus n'échappe pas à Anne. ...
1956 Le septième sceau
(Det Sjunde Inseglet). Avec : Max Von Sydow (Le chevalier Antonius Block), Gunnar Bjornstrand (Jons, son ecuyer), Bengt Ekerot (la Mort), Nils Poppe (Jof). 1h36.
Le chevalier Antonius Blok revient des Croisades avec son écuyer Jons. Rencontrant la Mort, Blok demande un délai et lui propose une partie d'échecs. Non loin de là, Jof le bateleur, sa femme Mia, leur bébé Mikhaël et le jongleur Skat. Jof a vu la Vierge Marie. Plus tard Blok et Jons s'arrêtent dans une église de campagne : le moine qu'interroge le chevalier n'est autre que la Mort. Quant à Jons, qui regarde un peintre travailler à une danse macabre, il raconte sa croisade et se déclare sceptique....
1957 Les fraises sauvages
(Smultronstället). Avec : Victor Sjöström (Isaak Borg), Bibi Andersson (Sara), Ingrid Thulin (Marianne), Gunnar Björnstrand (Evald). 1h31.
Isaak Borg, 78 ans est docteur. Couvert d'honneur et de gloire, c'est un vieillard égoïste et mesquin. Il se rappelle cette journée du ler juin qui m'a mis en face de lui-même. Il y a d'abord un cauchemar, un cauchemar du corbillard... Ce ler juin il devait me rendre à Lünd où l'on allait fêter son jubilé. Il devait prendre l'avion mais finalement, il décide de faire le voyage en automobile. Marianne, sa belle-fille, qui a quitté son mari, a tenu à l'accompagner...
1958 Au seuil de la vie
(Nära Livet). Avec : Ingrid Thulin (Cecilia Ellius), Eva Dahlbeck (Stina Andersson), Bibi Andersson (Hjordis Pettersson). 1h24.
Cecilia Ellius est admise dans une clinique claire, bien équipe, symbole de l'organisation sociale suédoise. Mariée, employée dans l'administration, elle vient de perdre, à son troisième mois de grossesse, l'enfant qu'elle portait. Son mariage étant une union sans amour, elle considère qu'elle et son mari sont responsables de cet échec, estimant n'avoir pas désiré cet enfant. Ses deux compagnes de chambre, malgré une certaine similitude de cas, connaissent l'une et l'autre une situation bien différente...
1958 Le visage
(Ansiktet). Avec : Max von Sydow (Albert Emanuel Vogler), Ingrid Thulin (Manda Vogler/Aman), Gunnar Björnstrand (le docteur Vergérus). 1h40.
Suède, 1946. Le théâtre magnétique et thérapeutique du " docteur " Vogler fait route vers Stockholm où il doit donner une représentation. La petite troupe est accueillie vers le soir par le consul Egerman, le docteur Vergerus, directeur de la santé et le préfet Starbeck. Vergerus ne croit pas aux dons surnaturels de Vogler et le lui manifeste avec ironie et mépris. Par contre, Ottilia, la femme du consul est convaincue, comme son mari, que le " mage " pourra lui expliquer la mort de sa fille...
1959 La source
(Jungfrukäl lan). Avec : Max von Sydow (Tore), Birgitta Valberg (Mareta), Birgitta Pettersson (Karin), Gunnel Lindblom (Inger). 1h29.
Karin, fille unique de Tore et de Mareta, a revêtu sa plus belle robe pour aller porter des cierges à l'église du village voisin. Inger, fille adoptive et servante est chargée de l'accompagner. En cours de route, elle s'attarde chez un vieux passeur, grand prêtre du culte d'Odin. La jalousie et la haine qu'Inger porte à Karin se manifestent dans un rituel de sorcellerie qui doit provoquer un mauvais sort... .
1960 L'oeil du diable
(Djävulens öga). Avec : Jarl Kulle (Don Juan), Bibi Andersson (Britt-Marie), Stig Jarrel (Satan). 1h27.
"La chasteté d'une jeune fille, c'est un orgelet dans l'œil du diable" c'est bien un orgelet que se découvre Satan un beau matin à son réveil. L'idée en est insupportable au Seigneur de la nuit qui dépêche immédiatement sur terre un de ses dévoués séides, Don Juan, avec la mission de mettre fin à cette intolérable situation....
1961 A travers le miroir
(Sasom I en Spegel). Avec : Gunnar Bjornstrand (David), Max von Sydow (Martin), Harriet Andersson (Karin). 1h29.
La plage d'une île à l'aspect désolé. Quatre personnes reviennent de leur baignade. Il y a David l'écrivain, sa fille Karin, son fils Frederik surnommé Mino, et Martin, le mari de Karin, qui est médecin.
De retour de Suisse, où il est allé travailler à son dernier roman, David célèbre ces courtes retrouvailles par un dîner au cours duquel il annonce qu'il doit bientôt repartir, cette fois pour un voyage en Yougoslavie. Lors de la petite fête Mino et Karin interprètent une pièce de leur création, l'histoire d'un poète qui se réfugie dans la solitude de son art malgré l'amour d'une princesse. Une saynète directement adressée à leur père auquel ils reprochent la difficulté de communiquer avec lui....
1962 Les communiants
(Nattvardsgästerna). Avec : Gunnar Bjornstrand (Tomas Ericsson), Ingrid Thulin (Marta Lundberg), Max von Sydow (Jonas Persson). 1h21.
À l'église, le pasteur Thomas Ericsson célèbre l'office en présence de quelques rares fidèles. Après la cérémonie religieuse, le pêcheur Jonas Persson et sa femme viennent à sa rencontre. Jonas lui fait part de ses inquiétudes face au "péril jaune" et aux menaces de guerre nucléaire. Le pasteur ne lui répond que par des formules vagues, mais Jonas promet de revenir le voir, seul à seul...
1963 Le silence
(Tystnaden). Avec : Ingrid Thulin (Ester), Gunnel Lindblom (Anna), Jorgen Lindstrom (Johan). 1h35.
Après un voyage à l'étranger, Anna et Ester, deux sœurs accompagnées de Johan, le petit garçon d'Anna, rentrent en Suède. Dans le train qui les ramène, suffoquant de chaleur, Ester est prise d'un malaise violent et crache du sang. Puis, elles font une halte dans le grand hôtel d'une ville inconnue où les habitants parlent un langage qui leur est incompréhensible. Dès lors, Anna et Ester sont confronté à la solitude et au silence expressions d'une totale absence de communication....
1964 Pour ne pas parler de toutes ces femmes
(För att inte tala om alla dessa kvinnor). Avec : Jarl Kulle (Cornelius), Bibi Andersson (Humlan), Harriet Andersson (Isolde), Eva Dahlbeck (Adelaide), Karin Kavli (madame Tussaud). 1h20.
En 1920 à la Villa Tremolo, une somptueuse demeure où vit retiré le Maître Félix, violoncelliste de très grand talent. Debout, devant le cercueil encore ouvert où repose le Maestro, Cornelius divague sur la définition d'un génie. Quelques jours avant cette fin prématurée. Cornelius, critique musical, était arrivé à la villa d'été de l'artiste. Dandy méprisant et hautain, retranché derrière son monocle, il entend écrire la biographie minutieuse de Felix et imposer au Maître l'exécution de l'une de ses oeuvres minables. " Abstraction 14". ..
1966 Persona
(Persona). Avec : Bibi Andersson (Alma), Liv Ullmann (Elisabeth Vogler), Margaretha Krook (le docteur), Gunnar Björnstrand (monsieur Vogler), Jorgen Lindstrom (le jeune homme). 1h25.
Elisabeth Vogler, actrice renommée, perd subitement l'usage de sa voix, au cours d'une représentation théâtrale d'"Electre". Elle passe un bref séjour en clinique, puis se retire dans une villa solitaire, au bord de la mer, accompagnée de son infirmière Alma....
1967 L'heure du loup
(Vargtimmen). Avec : Max von Sydow (Johan Borg), Liv Ullmann (Alma Borg), Ingrid Thulin (Veronica Vogler). 1h30.
Le peintre Johan Borg s'est isolé en compagnie de sa femme Alma sur la petite île frisonne de Bältrum. Son épouse se souvient des premiers temps de leur arrivée où tout était magnifique sur cette île quasi-sauvage parsemée de pommiers en fleurs.
Les maux de son esprit perturbé font de Johan un artiste qui doute, tant sur le plan de la création artistique que sur celui de s'adapter à la société et à rendre heureuse sa femme....
1967 La honte
(Skammen). Avec : Liv Ullmann (Eva Rosenberg) , Max Von Sydow (Jan Rosenberg), Gunnar Bjornstrand (colonel Jacobi). 1h42.
Un pays imaginaire, à notre époque. Une guerre avec ses bombardements, ses destructions et ses réfugiés. Comme chaque matin, Jan et Eva se réveillent. Artistes, musiciens d'orchestre, Jan et sa femme vivent en marge du conflit et de ses horreurs; heureux dans leur petit univers...
1968 Le rite
(Riten). Avec : Ingrid Thulin (Théa Winkelmann), Anders Ek (Sebastian Fischer), Gunnar Bjornstrand (Hans Winkelmann), Erik Hell (le juge Abrahamsson), Ingmar Bergman (le pasteur). 1h12
Une petite troupe de trois comédiens se voit interdire son spectacle "Le Rite", jugé obscène par la censure suédoise. Ses membres sont convoqués chez le juge d'instruction chargé de l'affaire. L'enquête provoque une crise chez chacun des participants, y compris le juge..
1969 Une passion
(En Passion). Avec : Liv Ullmann (Anna Fromm), Bibi Andersson (Eva Vergerus), Max von Sydow (Andreas Winelmann), Erland Josephson (Elis Vergerus), Erik Hell (Johan Andersson). 1h41.
Andreas Winkelman vit seul dans sa maison. Sur cette petite île de la Baltique, peuplée de quelques habitants, il est venu oublier son passé et la séparation d'avec sa femme. Alors qu'il travaille à l'extérieur de sa demeure, Anna Fromm vient lui demander l'autorisation d'utiliser son téléphone. Anna est une jeune veuve, estropiée à la suite d'un accident d'automobile qui a coûté la vie à son mari et à son fils. C'est pour eux l'occasion de sympathiser et de briser leur solitude. ...
1969 Mon île Farö
(Faro dokument). Avec : Ingmar Berman (le reporter), les habitants de Farö. 1h18.
1970 Le lien
(Beröringen/The touch). Avec : Bibi Andersson (Karin Vergerus), Elliott Gould (David Kovac), Max von Sydow (Andreas Vergerus). 1h55.
Une petite ville de la province suédoise. Venue à l'hôpital au chevet de sa mère mourante, Karin Vergerus rencontre David Kovac, un jeune archéologue américain hypersensible et déraciné. David est invité par le docteur Andreas Vergerus, le mari de Karin. La jeune épouse tombe éperdument amoureuse de l'étranger et se trouve bientôt partagée entre la sécurité confortable de sa vie bourgeoise et le désir de vivre intensément sa passion. Après une absence de six mois au cours de laquelle les amants ont échangé de nombreuses lettres, David revient dans la ville des époux Vergerus. Andreas, qui voit évoluer la passion grandissante de sa femme, exige une solution claire. Karin va rejoindre David qui s'est rendu à Londres. Elle ne parvient pas à le rencontrer, mais elle fait la connaissance de la sœur de l'archéologue, une alcoolique névrosée. Elle revient précipitamment dans sa famille. C'est la fin de sa liaison orageuse. Karin restera prisonnière de son passé et de sa morale.
1972 Cris et chuchotements
(Viskningar och Rop). Avec Harriett Andersson (Agnès), Liv Ullmann (Maria), Ingrid Thulin (Karin), Kari Sylwan (Anna). 1h31.
Dans un château suédois à la fin du siècle dernier. Agnès agonise, rongée par un cancer de l'utérus. Ses deux soeurs, Maria et Karin tentent de la soutenir, mais finissent par ne plus supporter cette déchéance. Seule la servante, Anna trouve la force d'accompagner Agnès vers la mort.
1973 Scènes de la vie conjugale
(Scener ur ett Aktenskap). Avec : Liv Ullmann (Marianne), Erland Josephson (Johan), Bibi Andersson (Katarina). 2h35 .
Johan et Marianne, mariés depuis dix ans, vivent heureux en compagnie de leurs deux filles. Johan est professeur de psychologie appliquée, Marianne est avocate spécialisée dans les problèmes de divorce. Un jour, ils reçoivent à dîner leurs amis, Peter et Katarina; à l'issue du repas une querelle épouvantable éclate entre les deux invités... Un autre jour, Marianne surprend tout le monde en refusant, sans raisons apparentes, d'assister au traditionnel déjeuner dominical chez ses parents...
1975 La flûte enchantée
(Die Zauberflöte). Avec : Josef Kostinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Häkan Hagegard (Papageno). 2h15.
La fille de la reine de la Nuit, la princesse Pamina, vient d'être enlevée par le sage Sarastro qui a pour dessein de la fiancer au prince Tamino.
Le vaillant prince Tamino, mal instruit des intentions du sage Sarastro, entreprend de délivrer la princesse avec l'aide de l'oiseleur Papageno et de trois dames, suivantes de la reine de la Nuit, qui leur donnent les instructions qui leur permettront de faire évader la princesse Pamina, et leur offrent deux talismans destinés à les protéger : une flûte enchantée et un carillon magique....
1976 Face à face
(Anksikte mot ansikte). Avec : Liv Ullman (le docteur Jenny Isaksson), Erland Josephson (le docteur Tomas Jacobi), Gunnar Björnstrand (le grand-père). 2h15
Jenny Isaksson, psychiatre, exerce son métier avec autorité et prestige. Au cours de l'été, elle se retrouve seule. Son mari est parti comme conférencier aux États-Unis et sa petite fille a rejoint une colonie de vacances. Comme le nouvel appartement où elle doit emménager n'est pas prêt, elle se réfugie chez ses grands-parents. Traumatisée par une tentative de viol qui a éveillé en elle des sentiments contradictoires, Jenny prend conscience de sa solitude...
1977 L'oeuf du serpent
(Ormens agg/Das Schlangenei/ The Serpent's Egg). Avec : Liv Ullmann (Manuela Rosenberg), David Carradine (Abel Rosenberg), Gert Froebe (le commissaire Bauer). 1h59.
Berlin, dans la semaine du 3 au 11 novembre 1923. C'est l'inflation galopante, le chômage, la misère et le désespoir. Interrogé au sujet du suicide de son frère Max, Abel Rosenberg s'étonne d'une ultime question de l'inspecteur Bauer : il lui demande s'il est d'origine juive. Dans l'après-midi, Abel se rend à " La mule bleue ", un cabaret minable où se produit sa belle-sœur Manuela, ancienne partenaire des deux frères pour un numéro de trapèze volant. Alors qu'il lui annonce la mauvaise nouvelle, il rencontre Hans Vergerus, un savant qu'il déteste. ..
1977 Sonate d'automne
(Höstsonaten). Avec : Ingrid Bergman (Charlotte), Liv Ullmann (Eva), Lena Nyman (Helena), Halvar Bjork (Viktor). 1h33.
Charlotte, pianiste professionnelle, arrive dans le presbytère habité par sa fille Eva et son gendre Victor, pasteur de la paroisse. Les deux femmes ne se sont pas vues depuis sept ans. Charlotte s'étonne de la présence inattendue d'Hélène, son autre fille, malade incurable....
1979 Mon île Farö
(Faro-Dokument). Avec les habitants de Farö. 1h44.
Farö est une petite île de la Suède, située au nord-est de l'île de Gotland, elle-même située au sud-est de Stockholm, à 4 heures de bateau exactement de la capitale. Ingmar Bergman montre l'île et ses habitants pendant les 4 saisons de l'année ...
1980 De la vie des marionnettes
(Ur marionetternas liv / Aus dem Leben der Marionetten). Avec : Robert Atzorn (Peter Egerman), Christine Buchegger (Katarina Egerman), Martin Benrath (Morgens Jensen). 1h44.
Dans une maison close, un client étrangle une prostituée. Comment cet homme, Peter Egerman, a-t-il pu en arriver là ? Quelques semaines avant le meurtre, Peter avoue à son ami le psychanalyste Mogens Jensen ses terrifiants désirs et son envie d'égorger sa femme, Katarina. Croyant Peter Egerman parti, Jensen prie Katarina de venir. Caché dans l'appartement du professeur, Peter croit découvrir qu'une liaison existe entre eux, mais Katarina repousse les avances de Jensen et exprime le respect qu'elle éprouve pour son mari...
1983 Fanny et Alexandre
(Fanny och Alexander). Avec : Pernilla Allwin (Fanny Ekdahl), Bertil Guve (Alexander Ekdahl), Ewa Froling (Emilie Ekdahl), Börje Ahlstedt (Carl Ekdahl), Jan Malmsjö (l'évêque Edvard Vergerus), Gunn Wallgren (Elena Ekdahl). 3h17 ou 5h12.
Noël 1907. Une riche demeure dans une ville de province suédoise. Les membres de la famille Ekdahl et les serviteurs préparent les festivités. Héléna Ekdahl, une ancienne actrice, préside aux destinées de ses fils, Gustav Adolf, Carl, Oscar, le directeur du théâtre local, et de ses petits enfants ; parmi eux, ceux d'Oscar et Emilie, Fanny et Alexandre...
1984 Après la répétition
(Efter Repetitionen). Avec :Erland Josephson (Henrik Vogler), Lena Olin (Ana), Ingrid Thulin (Rakel). 1h10.
Une scène de théâtre, nue, après la répétition. Un metteur en scène vieillissant, Henrik Vogler, est plongé dans ses souvenirs. Ceux du théâtre et de cette mise en scène de la pièce de Strindberg, " Le Songe ", qu'il monte pour la cinquième fois... Mais ses pensées sont interrompues par l'entrée d'Anna Egerman, une jeune comédienne passionnée qui, prétextant un bracelet qu'elle a oublié, en profite pour engager la conversation avec Henrik Vogler...
1985 Les deux bienheureux
(De tva saliga). Avec : Harriet Andersson (Viveka Burman), Per Myrberg (Sune Burman), Christina Schollin (Annika). 1h21.
Un homme et une femme, d'âge mûr mais sans expérience du sexe, se rencontrent. Ils se marient, vivent une vie conjugale absolue et exclusive dans laquelle ils cherchent l'amour pur et total...
1986 Le visage de Karin
(Karin Ansike) 14 minutes, musique Kabi Lareti.
Bergman examine en ordre chronologique une série de vieilles photographies et reconstruit ainsi un récit visuel à propos de sa mère.
1997 En présence d'un clown
Avec : Erland Josephson, Borje Ahlstedt, Marie Richardson, Agneta Ekmanner. 1h58.
Carl Akerblom, inventeur, admirateur de Schubert, est interné à l'hôpital psychiatrique pour avoir tenté de tuer sa fiancée. Avec un autre patient, le Pr Vogler, il mène à bien l'insensé projet de réaliser le premier film parlant de cette histoire. Mais, lors de la première, le film est détruit par un incendie...
2003 Saraband
(Saraband). Avec : Liv Ullman (Marianne), Erland Josephson (Johan), Julia Dufvenius (Karin), Börje Ahlstedt (Henrik). 1h47.
Saraband pourrait être la suite de Scènes de la vie conjugale, trente ans après. On y retrouve Marianne, 63 ans, et Johan, 83 ans, divorcés. Henrik le fils de Johann vient de perdre sa femme et vit avec sa fille, Karin, violoncelliste.
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