Dziga Vertov
Année : 1896 - 1954
14 films
Dziga Vertov, de son vrai nom Denis Arkadievitch Kaufman, est né à Bialystok le 2 janvier 1896. Il entreprend des études médicales, à l'Institut de neuro-psychologie de Moscou, puis se tourne, à partir de 1919, vers le cinéma. Il le conçoit dans les perspectives tracées par Lénine: une chronique reflétant aussi fidèlement que possible la réalité soviétique et l'idéal révolutionnaire. Il entre à la section des actualités du Comité du Cinéma de Moscou, où il se forge son pseudonyme: "dziga " (toupie) " vertov " (virevoltante), symbolisant le mouvement de la caméra et le bouillonnement d'images et d'idées qu'elle favorise. Il monte de petits films commémorant la Révolution d'octobre et divers courts métrages de propagande.
Ses théories sur le montage se précisent : il estime que le montage doit précéder le tournage, que le cinéaste ne doit pas enregistrer n'importe quoi mais opérer un tri, une synthèse signifiante de la réalité. Avec son frère et principal collaborateur Mikhaïl Kaufman il lance le manifeste du "Ciné-oeil" (Kino-glaz), qui affirme les pouvoirs absolus de la caméra :
"Je suis le cinéoeil, l'oeil mécanique, la machine qui déchiffre d'une manière nouvelle un monde inconnu. En tâtonnant dans le chaos des événements visibles, je crée un homme nouveau, parfait."
Ces théories s'exprimeront dans la série des Kino-pravda (sortes d'enquêtes filmées) :
" Un film consacré à l'anniversaire de la Révolution d'octobre fut le point de départ de ma nouvelle activité à la Kino-pravda. La Kino-pravda est faite avec le matériau comme la maison est faite de briques. C'est de la manière dont nous allons laisser la vie pénétrer dans l'objectif que dépendent la qualité technique, la valeur sociale et historique du matériau et ultérieurement la qualité de tout film. Mes contempteurs ne pouvaient se passer, par la force de la tradition, de textes de liaison entre les sujets. " (Conférence des Kinoks, 9 juin 1924).
Les idées de Vertov éclatent dans le ciné-poème à la gloire du communisme. La sixième partie du monde (1926). L'oeuvre la plus remarquable est L'homme à la caméra (1929), symphonie visuelle sur la vie d'une grande cité (Odessa). Adaptant ses recherches au domaine sonore, il tournera encore quelques essais, de type semi-documentaire. Il se heurtera à l'administration et reviendra seulement dans les dernières années de sa vie au simple reportage d'actualités. Il meurt le 12 février 1954.
Parlant de lui-même, il écrivait dans son Journal :
"C'est un chasseur. Un chasseur de cinéséquences. De séquences de vérité. C'est un éclaireur. Un observateur. Et aussi un poète. Il fond les parcelles de vérité réelle en chants de vérité."
Aujourd'hui les théories de Dziga Vertov sont revendiquées par les cinéastes militants. Son nom a servi de porte-drapeau à un groupe animé par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin. Et, pour jean Rouch : "Quand Edgar Morin et moi-même avons décidé de faire de Chronique d'un été (1961) une expérience nouvelle de " cinémavérité ", notre seule intention était un hommage à Dziga Vertov".
FIMOGRAPHIE
1918-1919
Kino-nedella
actualité, 43 parutions hebdomadaires).
1922 Histoire de la guerre civile
1922-1925
KIino-pravda
(ciné-journal, 23 parutions)
1922-1925 Goskini-kalendar
(" Actualités-éclair ", 55 parutions).
1924
Kino-glaz
("La vie prise sur le fait").
1926 En avant les soviet !
1926
La sixième partie du monde
1928
La onzième année
1929
L'homme à la caméra
C'est la vie saisie à l'improviste, le refus de toute dramatisation. Il n'y a pas d'histoire au sens habituel du terme, mais un enchaînement de séquences documentaires, prises sur le vif et ordonnées ensuite en vue d'un montage rigoureux et " signifiant".
Le prétexte est la vie quotidienne d'une grande ville : Odessa, un jour comme les autres. Au petit matin, la cité s'éveille, les habitants vont au travail, les machines se mettent en marche, les rues s'animent, le rythme s'accélère jusqu'à la pause de midi, reprend ensuite de plus belle et se ralentit progressivement dans les flâneries de la journée finie, sur la plage où les travailleurs se délassent. Enfin, la ville s'endort...
Symboliquement, c'est aussi l'histoire d'une vie humaine, de la naissance à la mort. Encadrant ces images, la présence constante de "l'homme à la caméra", qui sillonne la ville son appareil de prises de vues sur l'épaule, et apparaît parfois en surimpression sur le grouillement de la cité, fixe l'intérêt du spectateur, tout en créant une distance, un "effet d'éloignement". L'illusion du réalisme cinématographique est désamorcée, l'auteur nous rappelle à chaque instant que cela est du cinéma, avec le rituel qui s'y rattache, son appareillage technique, ses truquages, etc. La vie n'est pas simplement "donnée à voir" dans sa mouvance et ses contradictions, elle est décortiquée, passée au crible de l'analyse dialectique.
1930
Enthousisame ou La symphonie du Donbass
1934 Trois chants sur Lénine
1937 Berceuse
1937
Serge Ordjonikidze
1938 Trois héroïnes
1939
Actualités pour l'exportation
(6 parutions).
1941
La hauteur
1941
Sang pour sang
1941
Sur la ligne de feu
1943 Toi au front
1944-1954
Nouvelles du jour
(55 parutions).
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