Chris Marker

Chris Marker

Année : né en 1921

12 films
Chris Marker est né le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine. Jeune romancier de talent, il fut également essayiste (on lui doit une étude sur Giraudoux) et créa la collection "Petite Planète" qui bouleversa le rapport texte-image tel qu'on le concevait dans l'édition : la mise en page s'inspirait du montage cinématographique.

Chris Marker est venu au cinéma par la littérature. Son livre "Coréennes", recueil de photos, annonçait déjà sa future conception du court métrage. Il fut l'un des artisans de la renaissance du court métrage qui devint, dès 1950, son mode d'expression privilégié. Resnais, avec lequel il réalisa son premier film, dit de lui :

"Il me paraît un personnage fascinant, à ma connaissance unique au monde. Je ne connais personne qui puisse avoir à la fois ce sens des problèmes politiques contemporains, ce goût du beau, cette espèce de joie devant la culture et devant l'art, cet humour, et qui arrive, lorsqu'il fait un film, à ne se séparer d'aucune de ces tendances." (Image et Son, avril-mai 63)


Solitaire, grand voyageur, attentif à l'évolution des idées, des hommes et du monde, Chris Marker a multiplié les activités cinématographiques. C'est ainsi qu'il créa en 1966 le groupe "Slon", collectif de production et de réalisation de films politiquement engagés. Ce groupe se fit le témoin des événements de Mai 68 filmant grèves et luttes ouvrières : CLASSE DE LUTTE, RHODIACETA, SOCHAUX, L'ORDRE RÈGNE À SIMCA VILLE, LA GRÈVE DES TRAVAILLEURS DE LIP..., courts métrages que supervisa Marker. Il s'intéressa aussi à la vidéo : 2084 (1984), réalisé pour le syndicat C.F.D.T. à la Télévision : L'HÉRITAGE DE LA CHOUETTE (1989) et à l'animation (LES ASTRONAUTES, co-réal: Walerian Borowczyk).


Marker écrivit le commentaire de nombreux courts et longs métrages tels... À VALPARAISO (Joris Ivens, 1963) et KASHIMA PARADISE (Yann Le Masson, Benie Deswarte, 1973) et collabora au scénario, au tournage, au montage, à la production de nombreux autres : LOIN DU VIET-NAM (1967), LA BATAILLE DU CHILI (1975-1976), LA SPIRALE (1975).


Dans ses longs métrages, il s'est fait historien, sociologue, ethnologue et poète, manipulant les mots, les idées, les sons et les images, livrant au spectateur une réflexion personnelle, originale, et inspirée sur le monde contemporain, ses problèmes et son avenir.

FILMOGRAPHIE

1952 Les statues meurent aussi
(coréal: Alain Resnais, court métrage)

1952 Olympia 52
court-métrage

1956 Dimanche à Pekin


1958 Lettres de Sibérie


1959 Les astronautes
Court métrage d'animation coréalisé avec Walerian Borowczyk

1960 Description d'un combat
(moyen métrage).

1961 Cuba si
(moyen métrage). Le 1er janvier 1960, La Havane fête à la fois l'anniversaire de la Révolution et le jour des Rois, qui est Noël. Dans la vitrine d'un magasin, des Rois mages prennent, par téléphone, les commandes de cadeaux des enfants. Une peinture murale célèbre d'autres Rois mages : Fidel Castro, Ernesto "Che" Guevara et Juan Almeida, apportant au peuple cubain l'industrialisation, la réforme agraire et l'alphabétisation. Dans ce pays où un tiers des habitants ne sait ni lire ni écrire, 1961 a d'ailleurs été déclarée "année de l'éducation". L'actualité est aussi marquée par l'explosion d'une bombe... et par un match de base-ball, "grand creuset des passions". Pour se défendre des ennemis, les Cubains ne comptent que sur eux-mêmes et se forment en milices. À ceux qui défilent en ce jour de deuxième anniversaire de la révolution, Castro va dire "Nous n'aimons pas les parades. Nous n'aimons pas la guerre. Nous vivons dans un monde où il faut se défendre, et nous saurons nous défendre". Les haut-parleurs sont là pour rappeler une histoire encore fraîche : celle du "Che", de Raùl, de Camilo et d'un jeune avocat devenu chef de maquis dans la Sierra Maestra, Fidel Castro. C'est là qu'est née la révolution, là que les paysans ont aidé les maquisards à dégager le sens de leur combat : abattre la dictature de Batista, puis construire une société nouvelle. À l'étranger, et notamment aux États-Unis, Castro est perçu comme une espèce de Robin des Bois moderne, qui prend aux riches pour donner aux pauvres. La révolution fait éclater le mythe. "Du travail pour tous, la terre à ceux qui la cultivent, les logements à ceux qui les habitent, et des maisons pour ceux qui n'en ont pas", tel est le programme. Il s'agit aussi de trouver des nouvelles ressources, de nouvelles industries et, avant tout, d'éduquer. Une fois consommée, la révolution est très vite condamnée par tous : les États-Unis, l'Église... Castro, dans un entretien, se définit comme la conséquence d'un climat d'injustice qui régnait à Cuba. À côté de paysans analphabètes vivant dans la misère, existait une poignée de riches propriétaires vivant dans de luxueux palais. La révolution de 1958, comme celle de 1933, fut le résultat d'une colère populaire. Découverte en 1492 par Christophe Colomb, persuadé d'être aux Indes, Cuba était peuplée par des Indiens Siboneyes qui furent exterminés par les colons. Possession espagnole jusqu'au début de ce siècle, l'île ne cessa jamais d'attiser la convoitise de son voisin, les États-Unis. "Terrain de jeu et chasse gardée en 1958, Cuba était le bastion de l'antiaméricanisme en 1960". Comme ressource, le pays possède la canne à sucre, à la fois hydre bienfaisante et objet de dépendance économique. La vente de cette production aux Soviétiques, tout comme l'absence d'élections, furent beaucoup reprochées à Castro. Du côté culturel, la peinture à flanc de montagne, comme l'animation régnant dans les coopératives ou à l'Institut du cinéma suffisent à montrer le dynamisme de la Révolution. Pour se prémunir contre les attentats, des mobilisations de milices sont organisées. Dans la rue, un orchestre d'enfants défile, d'abord dans l'indifférence générale. Puis, peu à peu, passants et badauds, comme emportés par les rythmes musicaux, se déhanchent tous avec frénésie. En cette année 1961, de quoi parlait-on dans le monde ? De l'Algérie, de l'Espace, du Congo, du Laos, de l'Afrique. Le 17 avril, on apprit que l'attaque contre Cuba était lancée et, le 20, qu'elle avait échoué. "Le monde apprit du même coup que le peuple cubain tenait à sa révolution, qu'il était prêt à la défendre".

1962 Le joli mai
« La scène se passe au mois de mai 1962 (juste après les accords d'Évian), désigné par certains, à l'époque, comme le premier printemps de la paix ». Au fil des rencontres, la caméra va montrer les Parisiens dans leur vie quotidienne, afin de composer un portrait politique, social et culturel de la France de 1962.


1963 La jetée
Une voix off. dit : "Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d'Orly, quelques années avant la début de la Troisième Guerre Mondiale". Jamais cet enfant, devenu adulte, n'oublia le visage de la jeune femme et la chute de l'homme dans le vide, au bout de la jetée. Et c'est à cause de la netteté de ce souvenir qu'il fut choisi pour effectuer un voyage dans le passé. Choisi par ceux des survivants de la guerre nucléaire qui avaient trouvé refuge dans les sous-sols de Paris dévasté et en particulier par cet "homme sans passion qui lui expliqua posément que la race humaine était maintenant condamnée, que l'espace lui était fermé, que la seule liaison possible avec les moyens de survie passait par le temps. Tel était le but des expériences : projeter dans le temps des émissaires, appeler le passé et l'avenir au secours du présent". Et c'est ainsi que l'homme, au terme de longs et pénibles voyages, retrouva la femme et refit avec elle le chemin qui, autrefois, les avait menés vers l'amour. On l'envoya aussi vers l'avenir d'un univers pacifié où il fut invité à demeurer. Mais il préféra revenir au monde de son enfance et à la femme aimée: " Une fois sur la grande jetée d'Orly, dans ce chaud dimanche d'avant-guerre où il allait pouvoir demeurer, il pensa avec un peu de vertige que l'enfant qu'il avait été devait se trouver là aussi, à regarder les avions. Mais il chercha d'abord le visage d'une femme, au bout de la jetée. Il courut vers elle. Et lorsqu'il reconnut l'homme qui l'avait suivi depuis le camp souterrain, il comprit qu'on ne s'évadait pas du Temps, et que cet instant qu'il lui avait été donné de voir enfant, et qui n'avait pas cessé de l'obséder, c'était celui de sa propre mort".


1964 Si j'avais quatre dromadaires


1965 Le mystère Koumino


1967 Les mots ont un sens
(court métrage).


1968 A bientôt j'espère
(co-réal: Mario Marret)

1968 La sixième afce du pentagone
(co-réal: François Reichenbach, court métrage).

1969 Jour de tournage
(court métrage)

1969 Le deuxième procès d'Arthur London
(court métrage)

1970 Carlos Marighela
(court métrage)

1970 La bataille des dix millions


1970 On vous parle du Brésil
(court métrage)

1970 Les mots ont un sens
(court métrage)

1971 Le train en marche
(court métrage)

1972 Vive la baleine
(co-réal: Maria Marret, court métrage)

1974 La solitude du chanteur de fond


1975 L'ambassade
(court métrage)

1977 Le fond de l'air est rouge
Beauté de l'insoumission. Et cela, même si, jusqu'à présent, les révoltes ont été réprimées : noyée dans le sang (Mexico 1968) ou le désespoir suicidaire (Che Guevara 1967), détournée pour être institutionnalisée au profit d'un seul (Fidel à Cuba), d'une faction (Mao) ou d'une nomenklatura (le Kremlin), lucido bavarde (mai 68 à Paris) ou tragico silencieuse (août 68 à Prague), bourrée de bromure idéologique (l'union de la gauche). Le film se compose d'un montage de documents bruts qui couvrent la période de 1967 à 1977. Il est divisé en deux parties : les mains fragiles et les mains coupées.

1981 Junkopia
(court métrage)

1982 Sans soleil
Avec : Florence Delay , Alexandra Stewart , A. Bonfanti. 1h40.

Les lettres de Sandor Krasna, un cameraman free-lance, sont lues et commentées par une femme inconnue. Parcourant le monde, il demeure cependant attiré par ces deux "pôles" extrêmes de la survie, le Japon et l'Afrique, plus particulièrement, la Guinée Bissau et les îles du Cap Vert.


1985 AK
(réalisé sur le tournage de Ran de Akira Kurosawa)

1985 Level five
Avec : Catherine Belkhodja, Nagisa Oshima, Kenji Tokitsu, Junishi Ushiyama, Shigeaki Kinjo.

Dans la pièce d'un appartement, transformée en studio, une femme, Laura, et un ordinateur. Laura s'adresse à un interlocuteur invisible qui est peut-être l'homme qu'elle aime et qui est disparu. De lui, elle a hérité cette tâche : terminer l'écriture d'un jeu vidéo consacré à la bataille d'Okinawa, à la fin de la seconde guerre mondiale...

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