Alexandre Dovjenko
Année : 1894 - 1956
17 films
Alexandre Petrovitch Dovjenko est, ainsi qu'on l'a souvent dit, le troisième grand de la "troïka" du cinéma soviétique, après Eisenstein et Poudovkine. Pour certains, sensibles à son lyrisme, à sa fougue militante, à son sens épique, à son refus des théories au bénéfice d'un art en prise directe sur la nature, les hommes, le combat social, il serait même le plus grand.
Il est né le 12 septembre 1894 à Sosnitsy, province de Tchernigov, en Ukraine, sur les bords de la Desna. Réformé en 1914, il travaille pendant la guerre comme instituteur et poursuit des études de droit et d'économie. Carrière diplomatique entre 1921 et 1923, peintre et caricaturiste (sous le pseudonyme de Sachko) de 1923 à 1926. Il entre aux studios de la VUFKU, le Centre Ukrainien du Cinéma, en 1926. Il écrit et co-réalise la même année un premier film, Vassia le réformateur, une comédie, qu'il reniera par la suite. C'est surtout Zvenigora, en 1928, vaste fresque sur la paysannerie ukrainienne, qui l'impose. La terre (1930), magnifique hymne matérialiste, le fait comparer à Homère, à Virgile. Par la suite, il aura, comme tous ses collègues, des démêlés avec la censure stalinienne.
Il meurt le 23 novembre 1956, d'une crise cardiaque, au premier jour de tournage d'un film qu'il considérait comme un véritable retour aux sources Le poème de la mer. C'est le dernier épisode d'une trilogie. "Peut-être le titre Le poème de la mer est-il trop ambitieux ; peut-être aurais-je dû préférer Prose de la Mer. J'ai eu beaucoup de joie à préparer mon travail en fonction de l'écran panoramique... Cette grande largeur convient aux éléments de mon film: steppes immenses et monotones, eaux rassemblées de la mer, avions, toute l'idée des grands espaces... " (cité par Jay Leyda, dans " Kino ").
Sa femme et fidèle collaboratrice, Youlia Solntséva, terminera le film et en réalisera même trois autres, à partir de scénarios écrits et parfois prédécoupés par lui. Dovjenko connaîtra alors une gloire posthume, ces dernières oeuvres continuant à exalter, en images superbes, ce qu'il avait toujours chanté : la joie terrestre, le triomphe du nouveau sur l'ancien, l'alliance de l'homme et des forces élémentaires qui gouvernent le monde.
1926
Vassia le réformateur
1927 La sacoche du courrier diplomatique
1928 Zvenigora
1929 Arsenal
En Ukraine comme dans le pays entier, la guerre est en train de se terminer, la misère et la famine s'installent partout. Une mère entourée d'enfants affamés pleure ses autres fils partis à la guerre, un paysan frappe son cheval plein d'une rage impuissante, au front se déroulent les derniers combats; les gaz mortels figent dans un rire ultime les dernières victimes de la guerre. Les soldats désertent les champs de bataille et retournent vers la mère patrie. Après la révolution de février, la bourgeoisie ukrainienne organise le gouvernement central à Kiev. Timoch, soldat revenu depuis peu du front, prend la parole au congrès pan ukrainien et dénonce la politique de classe du nouveau gouvernement. L'usine "Arsenal" se transforme en foyer de résistance et d'opposition des ouvriers au gouvernement de Kiev. Les cosaques ukrainiens attaquent l'usine. Épuisés, mal armés, les défenseurs de l'"Arsenal" seront massacrés. Timoch n'a plus de munitions dans sa mitrailleuse; refusant de se rendre, il jette une pierre, puis, découvrant sa poitrine, s'offre aux balles des ennemis. Ils tirent, tirent encore: Timoch ne tombe pas.
1930 La terre
Le grand-père, qui ressemblait tellement à l'une des vieilles icônes de la maison, meurt dans le verger luxuriant. Sur l'herbe, au milieu des fruits tombés, un bébé essaye de mordre dans une grosse pomme... Le problème de la collectivisation des terres divise les habitants du petit village ukrainien. Les riches koulaks combattent violemment cette application des idées révolutionnaires. Le jeune communiste Vassil, le fils d'Opanass, met tout son enthousiasme dans la mise en oeuvre des réformes agraires. Au cours d'une douce nuit d'été, Vassil rejoint sa fiancée. Les amoureux s'attardent. Lorsqu'il quitte la jeune fille, Vassil, tout entier à sa joie de vivre, se met à danser dans le paysage inondé de clair de lune. Or, tapi dans l'ombre, un koulak a tiré sur lui. Le paysan s'écroule, tué net. Alors que l'assassin s'enfuit et se blottit contre terre, le village fait d'émouvantes obsèques à son héros. Porté sur les épaules de ses camarades, le corps de Vassil est caressé à son passage par les branches et les feuilles des pommiers. La cérémonie touche à sa fin. La pluie commence à tomber. Dans la maison d'Opanass, un fils vient de naître...
1932 Ivan
Un barrage est en construction sur le Dniepr. Sa réalisation nécessite une forte main-d'oeuvre et, au cours de meetings, on fait appel aux travailleurs des champs. Ivan, jeune paysan, se fait embaucher dans une équipe de travail alors qu'un réfractaire triture une marguerite dans ses mains : Stephan Gouba, le père d'un jeune Konsomol (qui se nomme Ivan lui aussi). Au début, Ivan (le paysan) a du mal à se plier aux exigences de ce mode de vie et évoque sa campagne. Au fur et à mesure de la construction du barrage, il s'intégrera au travail collectif et deviendra un véritable ouvrier communiste. Entre-temps, le jeune Konsomol démissionne pour " inconduite de son père ", et un compagnon d'Ivan (le paysan) se fera écraser par une benne. La mère de la victime court à travers le chantier, pénètre dans les bureaux, et poussant une série de portes à doubles battants, arrive dans une pièce où un ingénieur s'indigne au téléphone de l'accident survenu. Elle s'en retourne apaisée. Le film se termine sur un meeting où nous retrouvons le Konsomol devenu ingénieur, son père qui fuit sous les huées, la mère de l'ouvrier tué qui prend la parole pour dire que son fils est mort pour le bon combat, et Ivan, intégré dans la communauté des travailleurs socialistes. Le dernier plan nous montre un amphithéâtre à l'université avec l'injonction suivante : "Professeurs, donnez à Ivan tout ce que vous savez".
1935
Aerograd
Dans l'immense taïga sibérienne, une ville doit être bientôt construite : elle sera baptisée Aerograd et sera la cité de l'avenir, de la jeunesse, de la fraternité et de la joie. Mais ce grand projet a des adversaires farouches qui veulent que soit préservée, avec leurs intérêts, l'intégrité de la forêt. Parmi ceux-ci, les plus acharnés sont les " vieux croyants " réfugiés là depuis le règne de Pierre 1er pour manifester leur opposition à la réforme du patriarche Nikon. Ces communautés, après la Révolution de 1917, offraient un refuge aux ennemis du socialisme, qu'ils soient russes blancs, coréens, ou japonais. Le vieux chasseur Glouchak, ancien partisan bolchevik surnommé " la mort des tigres ", est sur la piste de deux saboteurs japonais qui transportent de la dynamite. Il abat l'un d'eux mais l'autre se réfugie chez Khoudiakov, un vieil ami de Glouchak. Dans le village des " vieux croyants ", le Japonais, avec l'aide de Chabanov, un Russe blanc, attise la colère des villageois contre le projet de construction d'Aerograd. Mais Glouchak rassemble les partisans de la Révolution. La révolte est réprimée, Khoudiakov exécuté par Glouchak. Des avions viennent de tous les horizons de l'URSS et de la Sibérie pour protéger la construction d'Aerograd. L'épouse d'un des pilotes, le propre fils de Glouchak, met au monde un enfant qui sera un des premiers à habiter la ville avec ce jeune Tchouktche qui a traversé la taïga sur ses skis pour la bâtir puis y étudier.
1939 Chtchors
1918. Le film s'ouvre sur un champ de tournesols où explose un obus. Une pluie de terre noire envahit l'écran. La guerre déferle sur l'Ukraine, les soldats allemands envahissent le pays rétablissant le pouvoir bourgeois de Petlioura. Sous la direction de Chtchors, un groupe de partisans entre en lutte. Soudain, on annonce la signature de l'armistice, envahisseurs et Ukrainiens jettent leurs armes et fraternisent. Le danger allemand étant écarté, il faut lutter contre l'armée blanche. Après bien des combats, Chtchors et ses hommes entrent dans Kiev et font débourser leur or aux riches bourgeois apeurés. Mais la lutte continue; peu à peu, les villes sont reprises par les révolutionnaires. Au cours d'une échauffourée, la troupe des partisans est encerclée, le fidèle second de Chtchors, Bovjenko, y perdra la vie. L'incendie ravage les champs de blé. Des villes en flammes s'élèvent des fumées noires. La révolution finira par triompher. Quelques années plus tard, Chtchors voit passer de sa fenêtre l'armée rouge organisée et victorieuse.
1940 Libération
(co-réalisation Youlia Solntséva)
1943 La bataille pour notre Union Soviétique
(co-réalisation Y. Solntséva et I. Avdéjenko).
1945 La victoire en Ukraine
(co-réalisation Y. Solntséva).
1946 Pays natal
1948 Mitchourine
(co-réalisation Y. Solntséva).
Un milliardaire américain rend visite à Mitchourine, horticulteur universellement connu pour ses travaux sur les croisements des plantes fruitières et à baies. Proposition lui est faite d'"émigrer" aux U.S.A. où il pourra disposer de tous les moyens techniques et financiers nécessaires à la poursuite de ses recherches. Mitchourine refuse. Aidé de sa femme et de son fidèle serviteur Terenty, il continue son oeuvre empirique non sans se heurter au pope Christophor qui crie à la fornication devant ses hybridations "hérétiques", et à la science officielle en la personne du professeur Kartachov. Soudain la révolution éclate, le vieux monde obscurantiste est balayé. Le président Kalinine en personne viendra le voir, l'État soviétique va tout mettre en oeuvre pour l'aider. Entre-temps, sa compagne est morte, épuisée, minée par la maladie. Quelques années après, une autre terrible nouvelle: la mort de Lénine. Mitchourine poursuit sans relâche le but qu'il s'est fixé: créer à partir de croisements des espèces nouvelles résistant aux durs climats de l'URSS son rêve est d'"inonder" la terre russe d'arbres fruitiers... On vient, un jour, lui annoncer que désormais une ville portera son nom: Mitchourinsk remplacera Kozlov sur la carte. Il est fêté par la jeunesse radieuse du pays tout entier.
1958 Le poème de la mer
(réalisation Youlia Solntséva)
1960 Récit des années de feu
(réalisation Youlia Solntséva)
1964
La desna enchantée
(réalisation Youlia Solntséva)
1968 L'inoubliable
(réalisation Youlia Solntséva)
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