02.03.2006
FEDERICO FELLINI
(1920 -1993)
20 films
Deux périodes : Six films néo-réalistes depuis Les feux du music hall (1951), jusqu'à Les nuits de Cabiria (1957), puis deux films charnières La dolce vita (1960) et "Huit et demi" (1962), et enfin douze films accordant une plus grande place à l'imaginaire.
Dans ses six premiers films les personnages appartiennent à des corporations marginales et flouées. La transition puis la seconde période marquent un attachement plus grand aux personnages socialement hauts placés (journalistes, intellectuels, artistes) pour décrire l'imaginaire de l'Italie.
Quand Fellini et et Moraldo Rossi, son ami et assitant se séparent, c'est le rapport de Fellini à la réalité qui change, explique le critique Mario Sesti. Moraldo Rossi est le script de Fellini sur son premier film, Courrier du cœur. Entre le cinéaste est lui démarre une longue amitié. Moraldo et Fellini font leurs sorties nocturnes ensemble et Moraldo récolte et complète nombre d'anecdotes que Fellini transfigure notamment dans La Dolce vita. Tous les grands créateurs ont besoin de gens qu'ils "pillent" puis qu'ils abandonnent. Pour Fellini, lâcher Moraldo Rossi n'a pas été sans conséquences. On sait que pour Huit et demi, Fellini avait mis en scène une dernière séquence onirique, un peu inquiétante ; Mastroiani retrouvait les différents personnages dans un train à la blancheur immaculée. Puis le cinéaste avait imaginé une ronde joyeuse sur la plage. La séquence lui plus tellement qu'il décida de la substituer à la précédente. Au lieu de finir sur ce train qui est le symbole de sa tristesse ; d'une destination inconnue, il a préféré garder le burlesque, le cirque. Si l'on compare à la noirceur de La Dolce vita, notamment le suicide de Steiner, on comprend que c'est à cette période là que Fellini fait définitivement le choix de l'imaginaire, de la farce fellinienne. La vraie vie- et la mort qui l'accompagne forcement n'entreront plus qu'au compte-gouttes dans son œuvre, ou d'une façon totalement fantasmée.
L'attitude de Fellini devant ses personnages restera toujours néanmoins la même. Il se situe comme un témoin à décharge qui réprouve peut être les actes tout en s'attachant à la personnalité de ceux qui les commettent. Ce sont des êtres fatigués, engoncés dans leur néant intellectuel, moral ou spirituel ou des simples ou des fous. Ils sont promis aux hasards des rencontres et à beaucoup de désarroi. L'aurore est le signe de la minute de vérité, d'angoisse, d'amertume, de peur et de solitude. La griserie dissipée on se retrouve seul et frileux, abandonné et pitoyable sans forces ni illusions. Les héros négatifs de Fellini lancent un appel déchirant à la compassion. Ils ignorent le redressement intégral, ils sont soumis à la pesanteur du monde Fellinien. Pourtant la grâce existe et redonne sens à ces parcours.
Fellini et Rossellini ont en commun une inspiration franciscaine, fondée sur l'éloge du commandement suprême : "heureux les simples d'esprit". L'ange en est la figure suprême. Les films de Fellini sont surpeuplés de passants, d'inconnus dont la fonction dramatique est à peu près nulle mais qui existent avec une intensité fulgurante. On y retrouve un univers : le cortège, ou le défilé ; la manifestation religieuse ; les promenades de groupe , qui révèlent souvent le caractère fantastique des errances mythologiques ; le carrefour ou la place avec fontaine, la nuit, propices à la rencontre et au dialogue ; les horizons dégagés : immenses terrains nus, profondeur visuelle, espace du rêve ou de l'ennui ; la présence saugrenue de quelque architecture isolée dressée dans le vide comme un épouvantail ; la fiesta: ambiance de frénésie et désordre la confrérie des gens du voyage.
Fellini a entièrement reconstruit en studio, Rimini, station balnéaire d'Emilie-Romagne pour Amarcord. Dans une interview de Fellini, recueillie par le cinéaste Luciano Ulmer pour la RAI, Fellini dit son amour pour l'EUR, ce quartier rectiligne, monumental, "buzzatien", un héritage du fascisme situé au sud de Rome. C'est là que débute la Dolce Vita : les filles en bikini sur la terrasse découvrant la statue du Christ héliportée ; c'est là qu'habite Steiner, l'intellectuel du film ; c'est là aussi qu'a été tourné l'épisode du Bocacce 70 : "il y a quelque chose de métaphysique dans ce quartier, explique Federico, quelque chose de Chirico, mais aussi une légèreté, comme habiter dans un tableau ! C'est un espace de liberté. Au fond c'est comme un studio de cinéma."
Révolution du récit : L'histoire est déterminée par les thèmes et les personnages. Il n'y a plus d'intrigue ni même d'action. Tout effet de suspens, ou seulement tout effet dramatique n'appartient pas au système Fellinien. La thématique verticale de l'auteur remplace les exigences horizontales du récit. Le temps ne sert pas de cadre abstrait et dynamique, de cadre a priori à la structure du récit. Le temps existe seulement comme milieu amorphe des accidents qui modifient, sans nécessité externe, le destin des héros.. les événements n'y "arrivent" pas, ils y tombent ou ils en surgissent, c'est à dire toujours selon une gravitation verticale et non pour obéir aux lois d'une causalité horizontale. Les personnages n'existent et ne change qu'en référence à une pure durée intérieure. Ils n'arrivent pas à la crise finale par l'enchaînement progressif du drame mais parce que les circonstances dont il est en quelque sorte frappé s'accumulent en eux. Le scénario ne possède aucun enchaînement dramatique. Les péripéties importantes (la mort du fou) font office de raccord, et ce sont les grandes séquences descriptives apparemment sans incidences sur le déroulement de l'action qui constituent les scènes vraiment importantes et révélatrices (déambulations nocturnes, visite au couvent).
Pour Bazin, Fellini est le réalisateur qui pousse le plus loin l'esthétique néo réaliste, si loin qu'il la traverse et se retrouve de l'autre côté des apparences. Fellini ne juge pas ses personnages il les définit par leur apparence (visage démarche, cheveu, moustache, vêtements, lunettes...). Parvenu à ce degré d'intérêt aux apparences, nous apercevons les personnages, non plus parmi les objets, mais par transparence à travers eux. Le critique appelle cela le "processus de surnaturalisation": "le monde est passé de la signification à l'analogie, puis de l'analogie à l'identification au surnaturel". Bazin voit dans Cabiria à travers la "métaphore de l'ange": l'ange y est la mesure ultime de l'être, mais apparaît toujours chez Fellini à travers la réalité des personnages, par exemple ce moine portant un fagot de bois, dessinant subrepticement sur l'écran un archange et ses ailes.
L'idée de satire dans le sens de généralisation lui est étrangère et chacun de ses personnages, même s'il ressemble à un type, est inépuisablement nouveau, par quelque trait de maquillage, quelque regard, quelque posture de sorte qu'on ne rencontre pas chez lui deux visages semblables. Au risque d'ailleurs que cette extrême individualisation, monumentale, de chaque détail de la fresque, génère une impression d'égalisation et de monotonie. C'est au même problème que s'est affronté Flaubert dans plusieurs de ses romans. De "L'éducation sentimentale" celui ci disait, avec lucidité, que si ce roman, auquel il avait consacré tout son art et une gigantesque préparation documentaire, ne plaisait pas, c'est que tout cela "ne faisait pas pyramide". Entendez que dans sa richesse de détail, il ne dégageait pas l'idée d'une structure progressant vers une fin impliquée par son début.
Ainsi, logiquement, la télévision devient la cible de Fellini, car, avec son défilé d'individualités, son catalogue non hiérarchisé de visages et de paroles, elle est la caricature de son univers.
La mort de Fellini, le 31 octobre 1993, a provisoirement clôt les polémiques dont le cinéaste a toujours été l'objet. Il est défendu aux Cahiers du Cinéma par Bazin, Kast, Martin et Doniol. Mais, en 1954, La Strada est vivement attaqué par Truffaut ("putanat, ficelage épais, symbolisme grossier"), Rohmer et Rivette ("recherche de l'effet, présence de clichés d'école, exhibitionnismes felliniens"). Les trois jeunes critiques choisissent "Le voyage en Italie" de Rossellini comme film moderne contre "La Strada". En 1957, au moment de "Cabiria", Fellini a pris pour Bazin la place de Rossellini, rejoignant puis dépassant Orson Welles dans son panthéon personnel. Pourtant, en 1960, les critiques des Cahiers encensent Antonioni et "L'avventura" au détriment de Fellini qui reçoit la palme d'or pour La dolce Vita . Durant les années 70 "Fellini Roma" et "Amarcord" sont sous estimés de même que Ginger et Fred en 1985.
Filmographie :
1950 Les Feux du music-hall
(Luci del varietà) co réalisé avec Alberto Lattuada. Avec : Peppino De Filippo, Carla Del Poggio, Giulietta Masina.
Cette histoire se situe au cœur des années trente et nous présente une Italie provinciale, pauvre et pittoresque. Dans des trains et des gares sans confort, une troupe d'actrices et d'acteurs de variétés traverse le pays de part en part et donne des représentations quand et où elle le peut. Ce sont des spectacles d'une grande indigence artistique qui sont généralement sifflés par un public fruste et tapageur. L'animateur de la tournée est un certain Checco. Il est fanfaron, hâbleur, pitoyable et a pour compagne la douce et fidèle Melina qui l'entretient avec ses économies. Les étapes se succèdent; les spectacles sont des fiascos; les dettes s'accumulent. Checco croit sincèrement qu'un jour le succès arrivera. En attendant, il recueille une jeune fille farouche et déterminée qui se sent une vocation profonde pour le théâtre, les planches, les paillettes. Elle s'appelle Liliana, elle vient de quitter sa province pour se joindre à la troupe. C'est toujours la misère, l'agitation, la longue errance des saltimbanques, les petits matins pâles et les pieds douloureux. Un jour la troupe est invitée par un notable local dans son château pour y passer la soirée. Cette halte reconstituante (les acteurs ont toujours faim !) se transforme en sinistre beuverie et frôle la petite orgie. Mais rien n'arrive jamais. Il faut reprendre la route, le licou, recommencer les mêmes vaines plaisanteries et chorégraphies, devant un publie toujours goguenard. Checco, bien entendu, témoigne à sa protégée Liliana une affection qui n'est pas vraiment paternelle. Melina est jalouse mais discrète. Son bas de laine servira à monter une " super revue " à Rome dont Liliana doit être la vedette. Mais Checco rate toujours tout, perd toujours. Cette revue ne verra jamais le jour et Liliana s'en ira avec un impresario moins minable. Checco meurtri mais non terrassé, reprend la tournée des petites villes frileuses. À ses côtés, la toujours dévouée Melina le regarde de son œil d'animal pathétique. La vie continue en somme.
1952 Le courrier du coeur (ou le Cheikh blanc)
(Lo Sceicco bianco) . Avec : Alberto Sordi, Brunella Bovo, Leopoldo Trieste.
En voyage de noce à Rome, une provinciale vit une aventure dérisoire en voulant rencontrer le "Cheik blanc", héros de la presse du coeur, acteur veule et vulgaire, marié à une virago aux formes opulentes.
1953 Les Vitelloni
(I Vitelloni). Avec : Franco Interlenghi, Franco Fabrizi, Alberto Sordi.
L'été s'achève dans une station balnéaire italienne. Les estivants ont quitté la plage et les cafés. Dans les rues désertées, un groupe de copains se promène oisivement. Ils sont cinq. Âge moyen : la trentaine. On les surnomme "Vitelloni". Pas de métier pas de projets sérieux, pas d'horizon, mais une grande aptitude au farniente et le goût des longues discussions creuses qui se poursuivent tard dans la nuit. ..

1954 La Strada
Avec : Giulietta Masina (Gelsomina), Anthony Quinn (Zampano), Richard Basehart (il Matto). 1h34.
Zampano, une brute qui gagne sa vie dans un cirque en tant que cracheur de feu, achète Gelsomina, une jeune fille naïve. D'abord effrayée par cet homme, elle va se mettre à l'aimer en secret. Lorsque Gelsomina meurt, Zampano réalise qu'il l'aimait et pour la première fois de sa vie, se met à pleurer.
1955 Il Bidone
Avec : Broderick Crawford, Richard Basehart, Franco Fabrizi.
Un trio d'escrocs sans envergure, Augusto, Roberto et " Picasso ", sillonne les villes et les campagnes italiennes, cherchant qui gruger. Augusto, le doyen, est un homme secret, taciturne et comme accablé. Roberto est un bellâtre superficiel et avantageux. Quant à " Picasso " (ainsi surnommé à cause de ses dons artistiques), il mène innocemment la double vie du parfait père de famille (il adore sa femme Iris et sa fille) et du truand farceur...
1956 Les Nuits de Cabiria
(Le Notti di Cabiria). Avec : Giulietta Masina, Amedeo Nazzari, François Perier.
Cabiria est une prostituée romaine qui exerce son métier sur la Promenade Archéologique. C'est une fille candide que l'on abuse facilement. Ainsi, Giorgio, son amant, la pousse dans le Tibre pour lui voler son sac et son argent. Elle est sauvée de la noyade par des enfants... Un peu plus tard, alors qu'elle fait le trottoir sur la Via Veneto, Cabiria est abordée par le grand acteur Alberto Lazzari, qui, venant de se quereller avec son amie Jessy, l'entraîne dans un cabaret, puis dans sa somptueuse villa de la Via Appia. La pauvre fille rayonne de fierté. Quand survient Jessy, Lazzari la cache dans un cabinet de toilette où elle passe le reste de la nuit pendant que les amants se réconcilient.
Quelques jours après, Cabiria accompagne ses consœurs au pèlerinage du Divino Amore. Tandis que toutes prient pour obtenir des grâces très matérielles, Cabiria supplie la Madone de faire que sa vie change. Un peu plus tard, au passage d'une procession rencontrée au cours d'une partie de campagne, elle manifeste son dépit de n'avoir pas été exaucée... Cependant, dans la rue, un jeune homme, Oscar, l'aborde avec timidité et prévenance. D'abord méfiante, puis curieuse, Cabiria finit par s'attendrir. Au cours des quelques rendez-vous qu'elle lui accorde, Oscar dévoile peu à peu ses intentions et lui demande de l'épouser. Folle de joie, Cabiria vend sa maison, rassemble ses économies, prend congé de son amie Wanda pour aller vivre avec lui. C'est alors qu'elle découvre que lui aussi n'en voulait qu'à son argent. Et, tandis qu'il s'enfuit avec le sac qu'elle lui a abandonné, Cabiria, appelant la mort, s'écroule en pleurant. A l'aube, tandis qu'elle regagne dans un total état d'hébétude la route de Rome, elle rencontre, à l'orée d'un bois, un groupe de jeunes qui, jouant de la musique, l'entourent et la saluent. A travers ses larmes, naît un sourire.
1959 La Dolce Vita
Avec : Marcello Mastroianni (Marcello Rubini), Anita Ekberg (Sylvia), Anouk Aimée (Maddalena), Alain Cuny (Steiner), Walter Santesso (Paparazzo), Annibale Ninchi (le père de Marcello). 2h58.
Marcello est chroniqueur mondain dans un journal spécialisé dans les indiscrétions et fréquente la faune romaine en quête d'échos croustillants. Au cours d'une tournée de routine, il rencontre son amie Maddalena, une riche héritière désoeuvrée. Ils passent la nuit dans la chambre d'une prostituée complaisante. Le lendemain matin, Marcello trouve Emma, sa compagne régulière, inanimée auprès d'un tube vide de comprimés. Il la conduit à l'hôpital. Elle en réchappe...
1963 8 1/2
(Otto e mezzo). Avec : Marcello Mastroianni (Guido Anselmi), Claudia Cardinale (Claudia), Anouk Aimée (Luisa), Sandra Milo (Carla). 1h42.
ll fait chaud et lourd à Rome. La circulation est paralysée par un gigantesque embouteillage. À l'intérieur d'une des voitures immobilisées, un homme suffoque. Comment s'évader de cet étouffoir ? Par la pensée. L'homme s'élève dans les airs. Attaché à un filin comme un cerf-volant, il survole une plage. Un étrange cavalier maintient l'autre bout de la corde...
1965 Juliette des esprits
(Giulietta degli spiriti). Avec : Giulietta Masina, Sandra Milo, Mario Pisu.
Juliette, jeune femme aimable, mariée, bourgeoise, conformiste, vit dans un joli pavillon propret de la banlieue aisée de Rome. Elle a deux soubrettes simplettes, de la famille et des amis qui viennent lui rendre de nombreuses visites. Cette existence comblée et monotone est bouleversée par des soupçons. Son mari, qu'elle vénère et qui semble l'aimer, aurait une liaison. Pire : il aurait l'intention de quitter son foyer pour partir vivre sa vie avec sa maîtresse. Juliette, surprise, émue, incrédule, fait appel aux services d'un détective privé, qui enquête sur l'infidélité supposée du mari. La voisine de Juliette, beauté blonde et pulpeuse, s'habille de façon extravagante et entretient, dans sa maison somptueusement meublée et décorée, une grande quantité et variété d'hôtes bizarres. Impressionnée par ce monde étrange, fascinée et presque séduite par un beau jeune homme aux yeux de velours, Juliette chavire. Un monde fantastique envahit son esprit troublé : sujette à des visions, elle est visitée par des "esprits" en réalité, des émanations de son imagination et de son inconscient : des chevaux sur un radeau, des officiers nazis, un prophète barbu et chevelu juché sur une colonne... Son esprit devenu de plus en plus curieux la conduit chez un mage à la mode, vieillard hermaphrodite qui profère des propos sibyllins. Toute cette agitation psychique la conduit à évoquer des souvenirs d'enfance; elle se revoit, fillette, participant à une séance théâtrale organisée par les religieuses. Elle jouait le rôle d'une sainte martyre placée sur un gril et dévorée par des flammes artificielles. On lui inculquait des croyances terrifiantes, et singulièrement une sainte horreur du péché. Or le péché était personnifié par son grand père, homme chaleureux et jovial qui avait séduit une superbe écuyère (laquelle ressemble trait pour trait à la belle voisine de Juliette).
Retour à la vie "normale" : Juliette constate que son mari, effectivement, la trompe et la quitte. Mais l'épreuve l'a rendue sereine. Ayant vécu ce qu'elle a vécu, par pensée, par action, elle se retrouve, s'accepte, et admet son destin avec un léger sourire.
1969 Fellini-Satyricon
(Satyricon). Avec : Martin Potter, Hiram Keller, Max Born.
Dans l'Italie de l'Antiquité, deux jeunes étudiants à demi vagabonds, Encolpe et Ascylte, vont d'aventures en aventures, guidés par leur instinct de jouissance. Pour commencer, ils se disputent les faveurs d'un adolescent vaguement pervers, Giton, qu'Ascylte a vendu à une troupe théâtrale. Encolpe, éconduit et humilié, va trouver son ami le vieux poète Eumolpe qui l'entraîne à un monumental festin qu'offre Trimalcion, un nouveau riche orgueilleux et cruel. Encolpe, Ascylte et Giton se retrouvent dans les cales d'un navire, prisonniers d'un notable de la cour impériale, Lychas, à qui il prend la fantaisie d'épouser Encolpe....
1970 Les Clowns
(I Clowns). Avec :Billi Scotti, Pierre Etaix, Annie Fratellini. 1h32.
Dans une petite ville de province, à la nuit tombée, un enfant contemple de sa fenêtre l'installation quasi magique d7un chapiteau de cirque. Les mâts se dressent la toile se gonfle, la tente immense ressemble à une créature qui va s'éveiller à la vie. Le lendemain, le même enfant se rend au cirque. Les grimaces et les grimages des clowns l'effraient autant que les anomalies physiques des phénomènes de foire. Cet enfant, à n'en pas douter, est l'image de Fellini enfant. Ses rapports avec le cirque sont passionnels : attirance et crainte mêlées. Le film LES CLOWNS est une réflexion (un faux documentaire) sur les rapports du cirque et de la réalité. On y voit Fellini adulte en train de filmer : il nous présente son équipe de tournage; il va rendre visite à de grands cirques européens (au passage nous voyons Anita Ekberg devant une cage de fauves).
Cette pseudo enquête ne menant nulle part les clowns ayant plus ou moins déserté la piste et s'étant répandus dans les villes et les campagnes. Fellini décide que " le clown est mort". C'est une triste nouvelle et le ton, le style du film se transforment. Fini le reportage : Fellini décide d'organiser un grand spectacle, une sorte de messe solennelle pour célébrer les funérailles du clown. Préparatifs fébriles, longue mise en place, répétition de gags, etc.. aboutissent à une grandiose fiesta qui devrait être joyeuse et drôle mais qui, en réalité, conserve un caractère tragique de kermesse funèbre. C'est une cérémonie d'adieu. Le clown mythique est bien mort La piste se vide, les gradins aussi. Le chapiteau est désert. Et puis soudain, venue de nulle part. une mélodie éclate. Elle est jouée par un clown-trompette. Ce chant mélancolique et déchirant ne reste pas sans écho. Un autre instrument répond au premier Le rond de lumière va bientôt rassembler ces deux clowns musiciens. Deux fantômes qui, à leur manière, ressuscitent l'âme des clowns.
1972 Fellini-Roma
(Roma). Avec Peter Gonzales, Fiona Florence, Britta Barnes.
Pour les élèves de l'école primaire italienne, Rome est "la ville éternelle", chargée d'Histoire et de gloire antique. Pour le jeune provincial qui y débarque vers la fin des années trente c'est tout autre chose : une cité grouillante peuplée de personnages pittoresques... Aujourd'hui c'est encore un autre panorama. Une circulation intense occupe les voies multiples du Boulevard Périphérique qui ceinture la ville....
1973 Amarcord
Avec : Bruno Zanin (Titta Biondi) Pupella Maggio (Miranda Biondi, sa mère), Armando Brancia (Aurelio Biondi, son père), Magali Noël (La Gradisca). 2h17.
Un bourg italien près de la mer à l’heure du fascisme triomphant . Au gré des petits et grands événements qui scandent le retour des saisons, la vie provinciale s’écoule inexorablement. Le « corso » (rue principale) est le rendez-vous d’une population installée dans ses douillettes habitudes. Les notables pontifient, les braves gens déambulent, les enfants traînassent, cherchant des victimes pour leurs blagues innocentes. L’un de ces enfants, Titta, va connaître, en l’espace d’une année, une série d’expériences tour à tour drôles, savoureuses et poignantes.
1976 Le Casanova de Fellini
(Il Casanova di Federico Fellini). Avec : Donald Sutherland, Margaret Clementi, Chesty Morgan.
Giacomo Casanova, habillé en Pierrot, se rend à l'invitation que lui a fait parvenir une coquette et coquine religieuse. Leurs ébats érotiques sont observés par l'ambassadeur de France, de Bernis, amant de la nonne et voyeur complaisant. C'est le point de départ d'une série d'aventures galantes et sinistres racontées sans vergogne par le célèbre séducteur.
1978 Répétition d' orchestre
(Prova d'orchestra). Avec Balduin Baas, Clara Colosimo, Elisabeth Labi.
Une grande salle nue et presque vide. La répétition commence. Le chef d'orchestre, peu patient, s'énerve. Il a un accent germanique très prononcé. A la suite d'un différend avec le délégué syndical, la répétition s'interrompt. Pendant cet entracte, les musiciens s'ébrouent. Le maestro répond à son tour à l' " interviewer " de la télévision. Il se montre hautain, blasé, cassant...
1980 La Cité des femmes
( La Città dette donne). Avec : Marcello Mastroianni, Ettore Manni, Anna Prucnal, Bernice Stegers, Donatella Damiani. 2h20.
Au hasard d'un voyage, Marcello Snaporaz fringant quinquagénaire, aborde et poursuit une inconnue rencontrée dans un train. Elle est aguichante et coquette, semble accessible mais se dérobe. Elle entraîne son admirateur à travers bois jusqu'à un hôtel isolé où se tiennent les assises d'un grand congrès féministe. Les militantes, pittoresques et agressives, donnent libre cours à leur exaltation. Elles proclament leur libération avec une force et une santé qui intimident Marcello lequel se réfugie dans une grande salle qu'investissent progressivement d'autres femmes plus ou moins redoutables : patineuses, lutteuses, sportives. Marcello, dans sa fuite, rencontre une forte femme plutôt mûre qui le malmène jusqu'aux derniers outrages. Puis il s'évade dans une voiture remplie de jeunes marginales ivres de drogues et de musique punk. Il leur échappe et se réfugie dans le manoir hyper-gadgétisé d'un de ses anciens camarades, Katzone, qui fête sa millième conquête féminine. Au cours des festivités, Marcello rencontre, par hasard, son épouse. Ils échangent les rituels griefs d'une crise conjugale. Des femmes viennent agacer le désarroi de Marcello et stimuler son désir. Il bascule alors dans les méandres vertigineux et symboliques du grand toboggan qui le précipite au cœur de son passé. Il revoit, en images fulgurantes, quelques dames qui ont fasciné son enfance et son adolescence. Ce périple débouche sur un tribunal révolutionnaire féminin qui siège dans des locaux insolites faisant fonction de vestiaires pour sportifs. Là, des hommes gladiateurs se préparent à quelque combat décisif. Marcello, accusé est conduit sur un ring immense entouré de gradins où une assistance féminine en délire l'apostrophe. Il prend la fuite à bord d'une montgolfière spéciale (une énorme poupée gonflable) qui est abattue à la mitraillette par une terroriste.
Marcello se retrouve alors dans le compartiment du train où il a rêvé toutes ces aventures. Autour de lui : sa femme, l'inconnue tentatrice et deux autres actrices de son théâtre intime. Le train s'engouffre dans un tunnel...
1983 Et vogue le navire
(E la nave va) Avec : Freddie Jones, Barbara Jefford, Victor Poletti, Peter Cellier, Elisa Mainardi, Norma West. 2h12.
Juillet 1914. Le -Gloria N. " se prépare à quitter le port pour une étrange croisière. Le reporter Orlando, filmé par l'équipe de cinéma présente, explique qu'au terme de ce voyage, les cendres de la grande cantatrice Edmea Tetua seront dispersées au large d'une île de l'Adriatique..
Orlando présente les participants du voyage, tous admirateurs de la " diva - défunte: chanteurs, chefs d'orchestres, mélomanes, ainsi que le grand duc d'Autriche-Hongrie, accompagné de sa suite. Les jours passent. La troisième nuit, au cours d'une séance de spiritisme, la morte apparaît. Ce n'est en fait qu'une plaisanterie.
Des réfugiés serbes, fuyant leur pays envahi par l'Autriche, sont recueillis à bord, alors qu'un cuirassé austro-hongrois croise au large... La présence insolite de ces étrangers perturbe la vie des passagers. Le navire, au terme de son pèlerinage, sombre sous le feu du bâtiment de guerre, lui-même détruit par une bombe des naufragés serbes.
Dans une barque, Orlando a survécu grâce au lait du rhinocéros géant, lui aussi rescapé du naufrage.
1985 Ginger et Fred
(Ginger e Fred) Avec : Marcello Mastroiani (Fred) et Giulietta Masina (Ginger-Amélia). 2 h 05.
Ginger, ancienne danseuse de claquettes, arrive à la gare de Rome où l'attendent des membres de la télévision. Après quelque trente ans d'interruption, pour Ginger, il y a à la fois le plaisir de paraître à nouveau devant le public, la peur de ne plus être à la hauteur, et une certaine crainte de retrouver Fred son partenaire d'autrefois avec lequel elle imitait le célèbre duo Fred Astaire - Ginger Rogers....
1987 Intervista
Avec : Sergio Rubini, Maurizio Mein, Laura Vende. 1h52.
Une fois de plus, Federico Fellini se retrouve dans l'enceinte magique de Cinecitta. Il s'apprête à tourner une adaptation de "L'Amérique" de Kafka. Une équipe de la télévision japonaise, venue observer son travail, l'amène à se souvenir de ses débuts. C'était en 1940. Cinecitta, le Hollywood italien, venait d'être construite. On y réalisait des peplums, des fan taisies orientales et des mélodrames sentimentaux. Fellini se revoit sous les traits d'un jeune et timide journaliste. Après un interminable voyage en tramway au cours duquel il rencontre une jeune aspirante comédienne et croise des Indiens sur le sentier de la guerre, il pénètre dans la grande usine à rêves. Il découvre, émerveillé, l'atmosphère survoltée des tournages et les metteurs en scène irascibles dirigeant des stars capricieuses dans des décors fastueux. Dans sa loge, il interviewe la diva du moment, la troublante Katia. Retour au présent : les Japonais interviewent la gardienne des archives du studio (dite "la vestale de Cinecitta "). L'assistant de Fellini traque, dans les rues et dans le métro, les figurants aux trognes pittoresques qu'affectionne le Maître. Les auditions prennent l'allure d'une parade de cirque, occasionnellement interrompue par une alerte à la bombe. Soudain, apparaît Marcello Mastroianni, déguisé en Mandrake pour les besoins d'une publicité. Fellini et lui rendent visite à Anita Ekberg dans sa villa des environs de Rome. On échange des souvenirs, on projette un extrait de LA DOLCE VITA. Le lendemain, surprise par l'orage, l'équipe passe la nuit sous une grande bâche de plastique. Au matin, les Indiens attaquent, armés d'antennes de télévision. Mais une trêve a lieu, c'est la veille de Noël, Fellini commence le tournage de son film.
1990 La voix de la Lune
(La voce della luna). Avec : Roberto Benigni, Paolo Villagio, Nadia Ottaviani, Marisa Tomasi, Sim, Suzy Blady, Angelo Orlando. 1h58.
Ivo Salvini le rêveur aime la campagne, la nuit. éclairée par la Lune qui, d'ailleurs, lui parle : il entend sa voix féminine et enjôleuse chaque fois qu'il se penche sur un puits.
Un soir, après avoir retrouvé le préfet Gonnella, curieux bonhomme qui en veut à l'humanité depuis sa destitution, il assiste au strip-tease d'une solide paysanne et rejoint au cimetière quelques originaux dont un joueur de hautbois installé dans un caveau et victime d'une malédiction : il connaissait un air qui déplaçait les meubles de son appartement ! Ivo voudrait passer "de l'autre côté, se souvenir au lieu de vivre". Il se revoit auprès de sa grand-mère qui se moquait de son air ahuri.
Plus tard. Ivo observe pendant son sommeil la belle Aldina, qu'il prend pour la Lune incarnée. Mais elle se réveille et le chasse. Il va alors sur les toits, dans une forêt d'antennes de télévision, auprès du doux Nestore, son ami, qui évoque son amour mouvementé pour Marisa, quelque peu nymphomane, qui se transformait en... locomotive au moment crucial.
Puis c'est la fête de Gnocchis et l'élection de Miss Farine. Aldina est favorite. Mais, accidentellement enfermé sous l'estrade. Ivo verra mal triompher son idole. Gonnella et lui arrivent dans une boîte de nuit géante. Le préfet s'insurge contre la violence de la musique, obtient le calme et valse sur "Le beau Danube bleu " avec une amie. Ivo retrouve là sa soeur, qui le ramène dans l'appartement où ses neveux font grand tapage devant la télévision. Mais le jeune homme repart pour le pays des rêves. Sur la place. beaucoup de monde : trois paysans, les frères Micheluzzi, viennent de capturer la Lune et la télévision couvre bruyamment l'événement. " La Lune ne peut rien nous apprendre : tout est déjà révélé ", dit un évêque. " Au contraire, elle peut nous dire ce que nous faisons sur la Terre ", dit un homme dans la foule. La cérémonie se termine dans la pagaille. Ivo et le préfet fuient vers la campagne et se laissent aller aux délices du silence.
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