26.02.2006
YASUZO MASUMURA
Deux longs métrages pour découvrir Yasuzo Masumura, réalisateur d’une nouvelle vague nippone, fin esthète à l’univers aussi violent qu’érotique, surréaliste et hors du temps.
PASSION
En 1956, Yasuzo Masumura travaille comme assistant sur ce qui sera le dernier film de Kenji Mizoguchi, La Rue de la honte. Il y rencontre l’actrice Ayako Wakao, qui incarne Yasumi, l'une des prostituées de l’œuvre crépusculaire du maître. Wakao deviendra la muse de Masumura qui la dirige un an plus tard dans Jeune fille sous ciel bleu (Ao-zora Musume), et qui l’accompagnera pendant plus de dix ans, malgré des relations orageuses. Dans Passion (Manji), elle incarne Mitsuko, une créature solaire et irrésistible séduisant Sonoko, une épouse oisive (Kyoko Kishida, l’actrice de La Femme des sables) puis son mari, entre manigances et perte de la raison. Dans des couleurs éclatantes, Masumura allie souffle tragique et bouffées d’érotisme pour adapter et remettre au goût du jour l’œuvre originelle de Junichiro Tanizaki. Passion est également l’occasion pour Yasuzo Masumura de collaborer avec Kaneto Shindo (l’auteur, entre autres, du magnifique L’Ile nue en 1960), qui a écrit le scénario de ce film.
LA BETE AVEUGLE
Cinq ans après Passion, Yasuzo Masumura s’attaque à une autre adaptation littéraire, avec cette fois-ci La Bête aveugle, l’œuvre d’Edogawa Rampo (le prolifique écrivain nippon qui a emprunté son nom, en phonétique, à Edgar Allan Poe), connu comme une grande figure de la littérature fantastique japonaise. Entre temps, le réalisateur a tourné d’autres films avec Ayako Wakao (La Femme de Seisaku, L’Ange rouge ou encore Tatouage), et la retrouve pour une histoire où la puissance érotique et les passions dévorantes surpassent l’entendement, poussant plus loin encore le pas de deux entre Eros et Thanatos. Masumura conte l’histoire d’un sculpteur aveugle, enlevant une jeune femme qui va lui servir de modèle pour une statue, sous le regard méfiant de sa mère avec qui il entretient une relation toute oedipienne. Dans un décor totalement surréaliste (un atelier où les murs sont ornés de fragments féminins – un œil, une bouche, un sein), Masumura explore le désir jusqu’au vice, un plaisir jusqu’à la douleur à travers une spirale SM, lyrique et sombre, qui ne semble pas avoir de fin. Un imposé dans la filmo d’un réalisateur encore méconnu.
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